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Sommaire
Après cette présentation des orientations de l'organisme, abordons maintenant sa structure organisationnelle et son mode de fonctionnement. D'un modeste projet suscité entre partenaires communautaires et démarré en 1995, Communautique est devenu juridiquement un OBNL le 16 septembre 1999, en vertu de la troisième partie de la Loi sur les compagnies du Québec. Nous allons décrire successivement : a) la structure de son organisation pour la période 1995-1999 (création et gestation) et pour la période 1999-2005 (autonomisation juridique et élargissement vers des partenariats) ; b) les axes de son développement organisationnel (orientation des activités, plan de développement, rayonnement) ; c) les stratégies de financement mises en place.
Nous comptons répondre dans ce chapitre aux trois questions suivantes : Comment Communautique fonctionne-t-il ? Comment s'est-il développé ? Comment s'est-il assuré d'une certaine viabilité financière ?
Communautique fonctionne selon une structure démocratique et participative définie formellement par ses membres en décembre 19991, date de l'incorporation en tant qu'OBNL. Cette structure est héritée du fonctionnement de l'organisme en tant que « projet » (puis comme « association ») vivant sous la double responsabilité juridique de l'ICÉA et de La Puce communautaire, période qui témoigne notamment de l'importance d'un « Comité aviseur ».
Dès ses débuts, Communautique a adopté un mode de gestion participative où une place importante est accordée à l'équipe de travail. L'objectif commun était d'équilibrer les pouvoirs entre le Conseil d'administration, la direction et l'équipe de travail.
Un Comité aviseur a assuré une place centrale dans le soutien et l'orientation du projet Communautique au cours de ses premières années d'existence, se réunissant régulièrement entre 1997 et décembre 1999.
Le schéma suivant illustre la composition du Comité aviseur de Communautique jusqu'en 1999 :
Figure 1 : Comité aviseur de Communautique, 1995-19992

*Acronymes : GTC (Groupe de travail sur les communications) ; CDÉC (Centre de développement économique et communautaire) ; CFP (Centre de formation professionnelle) ; RGPAQ (Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec) ; CDEACF (Centre de documentation en éducation des adultes et en condition féminine) ; FAI (Fonds de l'autoroute de l'information) ; CRDIM (Comité régional de développement de l'île de Montréal).
Ce Comité visait, par sa composition, à refléter divers principes, tels : la représentation de plusieurs régions du Québec ; la représentation de plusieurs secteurs de l'action communautaire ; la représentation hommes – femmes ; la diversité des points de vue et des préoccupations quant au rôle des médias et des enjeux concernant Internet. Ces principes continuent d'orienter la composition du Conseil d'administration de Communautique.
Le schéma suivant montre les liens entre les différentes instances administratives qui assuraient la gestion de Communautique en tant que projet :
Figure 2 : Organes administratifs de Communautique.

La structure administrative est caractérisée par trois instances principales : le comité aviseur, le comité de gestion et l'équipe de travail. Le Comité de gestion du projet Communautique est composé de la direction générale de l'ICÉA (représentée par Lina Trudel jusqu'en 1999, puis par Bernard Normand), de la direction générale de la Puce communautaire (représentée par Louise St-Jacques), et de la coordonnatrice du projet, Francine Pelletier, qui joue un rôle central. C'est à partir du moment où Communautique devient une association en 1997 que Francine Pelletier siège au Comité de gestion.
L'exemple suivant, révélateur dans l'histoire de Communautique – puisqu'il coïncide avec son incorporation en OBNL – illustre le fonctionnement administratif de l'organisation, notamment l'importance du Comité aviseur. En décembre 1999, en vue de l'Assemblée générale de fondation de Communautique, un comité spécial fut créé pour rédiger les « statuts et règlements » de l'organisme. Ce comité produisit un document que le Comité aviseur a alors revu, débattu et bonifié. C'est finalement le Comité de gestion du projet qui, sur la base de toutes ces recommandations, a avalisé le document. Il faut bien comprendre qu'avant d'entreprendre la démarche de constitution de Communautique en organisation distincte, beaucoup de discussions ont eu lieu au sein du Comité de gestion du projet. La démarche d'incorporation s'est véritablement enclenchée peu après l'arrivée de Bernard Normand à la direction de l'ICÉA, au début de l'année 1999. Par la suite, les directions générales de la Puce et de l'ICÉA ont consulté leurs Conseils d'administration respectifs, lesquels ont finalement décidé d'engager l'incorporation de Communautique.
Ceci nous amène à la description de la structure administrative actuelle de Communautique.
Tel que mentionné ci-haut, les OSBL incorporés sont encadré par la 3e partie de la loi des Compagnies du Québec. Cette loi fixe un certain nombre de règles, d'obligations aux organismes et de responsabilités à leurs administrateurs. Ainsi, un organisme doit produire ses « statuts et règlements » afin de préciser les modes de fonctionnement qui lui sont propres.
Les statuts et règlements3 de Communautique énoncent le statut juridique de l'organisme, explicitent ce qu'est un membre de Communautique, décrivent la tenue des assemblées générales, la composition, les rôles et pouvoirs du Conseil d'administration, du comité exécutif et des dirigeants, et enfin, les dispositions financières de l'organisme. Ces statuts et règlements ont été adoptés en décembre 1999, lors de l'Assemblée générale de fondation de Communautique. Malgré tous les changements apportés à la gouvernance et à l'administration de l'organisme, ce dernier a conservé le mode de gestion participative qui le caractérise depuis ses débuts. Entre autres, ce mode de gestion se reflète dans la représentation de membres de divers milieux et secteurs d'activité communautaire au sein du Conseil d'administration.
Le fonctionnement de l'organisme s'inscrit dans la lignée des pratiques du milieu communautaire québécois : la réalisation des projets est assurée par une équipe de travail et l'organisme s'enracine dans le milieu par son membership. En effet, les membres représentent la base des groupes communautaires du Québec. Dans le cas de Communautique, ce sont les membres qui, lors de l'Assemblée générale annuelle, élisent le Conseil d'administration, ainsi que quatre personnes morales (extérieures à Communautique, qui proviennent de plusieurs groupes oeuvrant dans des secteurs d'activité variés) et une personne physique qui auront un droit de vote à ce même Conseil d'administration. Les membres peuvent donc avoir une incidence directe sur les orientations de l'organisme, par le biais du Conseil d'administration où ils exercent un droit de vote.
En tant qu'organisme ou comme individu, il est possible de devenir membre de Communautique. Chaque membre déclare adhérer à la mission de Communautique, et il doit payer des droits d'inscription annuels (somme minime). Étant directement impliqués dans le Conseil d'administration de l'organisme, la représentation externe (les membres) peut jouer un rôle non négligeable dans son fonctionnement.
Le schéma qui suit illustre la structure décisionnelle et les principales instances administratives qui prévalent chez Communautique depuis 1999 :
Figure 3 : Principaux organes administratifs de Communautique depuis 1999
Les fonctions du Conseil d'administration sont de proposer des orientations à l'Assemblée générale et d'exécuter les mandats, et plus généralement de gérer les affaires de Communautique : il désigne les représentants du Comité exécutif ; il a également le pouvoir de former des comités « ad hoc » qui se concentrent sur certains projets. Enfin, c'est le Conseil d'administration qui choisit les personnes destinées à occuper les postes de direction au sein de l'équipe de travail. Au moins quatre réunions par année doivent avoir lieu. Le Conseil d'administration est composé de neuf membres votants dont un membre de l'ICÉA, un membre de la Puce communautaire, un membre de l'équipe de travail de Communautique, quatre individus représentant des « personnes morales », une « personne physique »4, et enfin un membre nommé ou coopté par le Conseil. Une rotation des membres du Conseil d'administration est assurée sur une base biannuelle (et sur une base annuelle, pour le membre coopté). Notons également que Communautique tient à respecter une certaine équité dans la représentation hommes - femmes au sein du Conseil.
Le Comité exécutif s'occupe des affaires de Communautique sur une base plus quotidienne. Il est formé peu de temps après les assemblées générales annuelles par le Conseil d'administration, qui en définit les statuts. Le Comité exécutif regroupe trois personnes nommées par le Conseil d'administration, pour une période d'un an : la présidence, la vice-présidence, et le poste de secrétaire – trésorier5. La présidence : « La personne à la présidence représente l'organisme et en est le porte-parole. Elle préside les réunions du conseil et du comité exécutif, s'occupe de l'administration générale des affaires de l'organisme et veille à ce que toutes les résolutions et directives du conseil soient appliquées6». La vice-présidence : « La personne à la vice-présidence assume les tâches et exerce les pouvoirs de la présidence, en cas d'absence ou d'incapacité d'agir de celle-ci. De plus, elle accomplit les tâches et fonctions qui lui sont attribuées par le conseil7 ». La personne au poste du secrétariat et de la trésorerie est responsable de la convocation des réunions du conseil et de l'Assemblée générale ; de la garde des archives de Communautique et des procès-verbaux ; de la tenue à jour du registre des membres de l'organisme et des membres du Conseil d'administration ; de la garde des fonds et valeurs de l'organisme qu'elle doit déposer dans une institution financière désignée par le Conseil d'administration ; de la production, présentation et mise à disponibilité des états financiers de l'organisme.
En ce qui concerne l'équipe de travail, deux personnes sont affectées à la direction (directrice et directrice adjointe) ; une adjointe administrative s'occupe, entre autres, de la gestion financière ; une agente de communication a la charge de la logistique entourant les relations publiques ; une personne est responsable des formations, notamment la coordination des activités ; une autre est responsable de l'informatique (support technique et stabilité du réseau) ; une webmestre s'occupe du site web ; un chargé de projet s'occupe de la coordination des projets. Enfin, un certain nombre de chercheurs autonomes, consultants, sont recrutés pour réaliser des projets. Plus largement, toute personne ayant un lien d'emploi avec Communautique – c'est-à-dire ayant travaillé un certain nombre d'heures pour l'organisme ou ayant un contrat – est considérée comme faisant partie de l'équipe8.
Voici un schéma illustrant la composition actuelle de l'équipe de travail de Communautique :
Figure 4 : Équipe de travail de Communautique, 2005

Sur la base d'un document fourni par Communautique9, nous avons représenté la direction et l'équipe de travail dans un même schéma. Cette représentation reflète la réalité du terrain. D'un point de vue administratif, la direction de Communautique se distingue du reste de l'équipe de travail. En effet, la direction n'intervient pas dans la nomination du membre au Conseil d'administration élu par l'équipe de travail. De plus, on ne doit pas confondre direction et coordination. À cet égard, le choix d'une direction par opposition à une coordination a fait l'objet de nombreux débats au sein du Comité aviseur et pendant l'assemblée générale de fondation de Communautique.
Revenons sur les postes de direction de l'équipe de travail. La directrice générale (Monique Chartrand) de l'équipe de travail fait partie des dirigeants de Communautique. Ses responsabilités sont la direction et la planification de l'ensemble des activités de Communautique, sous la responsabilité du Conseil d'administration. La directrice siège aux réunions du Conseil d'administration et du Comité exécutif, sans droit de vote. Aussi, la directrice contribue à définir les orientations de l'organisme ainsi que les politiques de gestion des ressources humaines, financières (recherche de financement), matérielles et informationnelles. Ses tâches administratives sont de transmettre ou faire transmettre, sur demande légitime, les avis de convocation aux réunions de l'Assemblée générale, du Conseil d'administration, du Comité exécutif et des autres comités « ad hoc ». Elle doit aussi tenir ou faire tenir les registres des membres de la corporation, et assurer le suivi de la gestion financière10. La directrice générale s'assure également des liaisons avec les partenaires gouvernementaux et institutionnels, ainsi qu'avec les membres de Communautique, agissant comme porte-parole de l'organisme. Par rapport aux activités pratiques de l'organisme, la directrice générale veille à la coordination des employés de l'équipe de travail, et à la synergie des projets (cohérence des activités).
La directrice adjointe (Ariane Pelletier) assume des tâches et fonctions diverses qui lui sont attribuées par le Conseil d'administration. En cas d'absence de la directrice générale, la directrice adjointe peut la remplacer et remplir ses fonctions. Plus précisément, la directrice adjointe s'occupe de la coordination des activités de Communautique et de ses opérations internes. Elle peut jouer un rôle de soutien de l'équipe de travail, notamment en suggérant des outils et méthodes de travail efficaces, et en s'assurant de la qualité des documents produits. La directrice adjointe prépare les demandes de financement et assure la coordination des activités de communication.
L'équipe de travail compte désormais six postes permanents : l'adjointe administrative, le chargé de projet, le formateur responsable des outils pédagogiques et le formateur responsable des outils informatiques, la webmestre et l'agente de communication.
L'adjointe administrative (Micheline Montpetit) tient la comptabilité générale de Communautique : elle effectue les opérations et les suivis bancaires ; elle assure les suivis administratifs et comptables des projets, notamment en préparant des rapports financiers pour chaque projet ; elle opère le suivi des comptes clients ; elle rassemble les prévisions budgétaires ; enfin, elle assiste la vérification comptable annuelle.
Le chargé de projet (Charles Gagnon) s'assure, avec le soutien de la direction, de la coordination de l'ensemble des projets menés par Communautique. Plus particulièrement, il gère la liaison avec les partenaires de l'organisme au sein des différents projets, et les assiste tant aux niveaux de la gestion que de la réalisation de ces projets. Enfin, le chargé de projet produit les rapports de projet exigés par les bailleurs de fonds.
Le formateur responsable des outils pédagogiques (Roger Charbonneau) dispense des séances de formation et anime des points d'accès, il conçoit et diffuse des formations de formateurs (futurs animateurs dans les points d'accès), il participe au recrutement des ressources techniques et anime des forums de discussions. Au niveau pédagogique, le formateur conçoit et développe des outils pédagogiques en fonction de la réalité du terrain, notamment des besoins des groupes communautaires.
Le formateur responsable des outils informatiques (Hugo Gervais) remplit les mêmes tâches de formation, d'animation et participe également au recrutement. Par contre, au niveau informatique, ce formateur s'occupe de l'entretien des équipements de Communautique, notamment le fonctionnement du serveur, et il traite des questions liées au parc informatique en général.
La webmestre (Catherine Valcourt) travaille à la mise en ligne des documents produits par Communautique, et de la gestion du site web en général.
L'agente de communication (Élisabeth Caron) gère les activités de communication de Communautique avec ses membres et ses divers partenaires, notamment en diffusant des annonces d'événements.
À première vue, la structure organisationnelle de l'équipe de travail de Communautique apparaît hiérarchique, avec des postes de direction et des postes plus spécialisés et définis (informatique, communication, formation). Dans les faits, certains membres de l'équipe de travail sont sollicités pour travailler sur plusieurs projets. Tous apportent leur expertise dans l'optique de faire progresser l'organisme.
Comme pour de nombreux groupes communautaires, Communautique se caractérise par une rotation de personnels assez fréquente. Par contre, comme nous l'avons évoqué ci-haut, l'organisme compte six postes permanents. Par ailleurs, au niveau des ressources humaines, on remarque la présence constante, depuis les débuts du projet, de Roger Charbonneau et d'Hugo Gervais, qui travaillaient tous deux antérieurement à la Puce Communautaire. Roger Charbonneau s'occupe maintenant du volet formation de Communautique, en tant que formateur et responsable des formations depuis les débuts du projet. Il est en charge de tout le volet pédagogie et formation, mais a aussi contribué à la réalisation des études de besoins et s'occupe présentement du projet Espace associatif11. Dans le même ordre d'idées, Hugo Gervais s'occupe à la fois d'aspects informatiques, tel le fonctionnement du réseau, en plus d'être formateur.
La structure administrative telle que décrite est en voie d'être amendée. En effet, durant l'été 2004, Communautique s'est engagé dans un processus de planification stratégique incluant un diagnostic organisationnel insistant sur l'importance d'une stabilité dans la gouvernance de l'organisme. Au cours de l'automne 2005, une révision de la mission et une réactualisation du plan d'action de l'organisme devraient avoir lieu.
Afin d'assurer son développement et sa pérennité (même si cette dernière n'est jamais totalement assurée), Communautique a eu recours à plusieurs stratégies significatives. Les éléments présentés ici comme des stratégies ne sont pas nécessairement des stratégies conscientes et planifiées étape par étape par l'organisme. Notre objectif est plutôt de mettre l'emphase sur des mécanismes qui ont contribué à ce que Communautique devienne l'organisme que l'on connaît aujourd'hui. Nous insisterons ainsi sur le premier plan de développement de l'organisme et sur les changements progressifs qui ont marqué l'orientation de ses activités. Nous décrirons aussi ses actions de concertation avec le milieu et d'établissement de partenariats ; et enfin, les activités qui ont participé à son rayonnement.
En présentant les activités les plus significatives12 réalisées par Communautique – des premières années de son existence jusqu'à son autonomisation en 1999 – nous mettons de l'avant un ensemble d'éléments marquants permettant de comprendre le développement de l'organisme. C'est dans un esprit d'innovation et avec une volonté de prise en compte des besoins du milieu communautaire en matière de technologies, que Communautique a défini (et continue de définir) ses principales orientations. Par ailleurs, il est important de prendre en considération que, durant ses premières années, Communautique était dans une dynamique de survie, constamment à la recherche de financement. À cet égard, de nombreuses demandes de subventions ont été déposées, et plusieurs activités de représentation auprès des décideurs politiques ont été menées, notamment par l'ICÉA, pour bien montrer les manques du milieu communautaire en ce qui concerne les TIC, et la nécessité d'une initiative comme Communautique. Les débuts de Communautique sont donc marqués à la fois par d'importantes activités de consultation auprès des groupes communautaires et par une présence marquée sur la scène politique, tant québécoise que fédérale, pour que le secteur communautaire soit pris en compte dans la formulation des politiques d'accès aux TIC, et pour que le groupe Communautique puisse trouver sa place dans les différents programmes subventionnaires.
À l'origine de la mission de Communautique, et dans la perspective d'une démocratisation des TIC dans la société, l'appropriation par les groupes communautaires représente un enjeu stratégique. À cet égard, citons Francine Pelletier, fondatrice et première directrice de Communautique, s'exprimant dans la Gazette des femmes (1997) au sujet des TIC, et plus particulièrement d'Internet :
Il faut s'en saisir, se l'approprier pour à la fois influencer l'information qui y circule et s'y alimenter. Il importe donc d'acquérir la maîtrise de cet outil pour favoriser le développement de contenus, pour façonner des espaces qui soient à l'image des groupes, pour créer des lieux de discussion qui véhiculent les valeurs défendues par le mouvement d'action communautaire. L'engagement des groupes est fondamental. C'est en grande partie à travers eux que l'on pourra multiplier les points d'accès et, du coup, espérer une plus grande démocratisation des nouvelles technologies de communication13.
En 1996-1997, Communautique mène une première étude de besoins à laquelle 82 groupes communautaires participent. Cette étude, la première activité subventionnée de Communautique14, a pour objectif d'informer le milieu communautaire de la réalité des TIC, pour mieux connaître les besoins des groupes en la matière et afin qu'ils s'approprient ces technologies. Celle-ci a permis au projet Communautique de se faire connaître dans le milieu communautaire, et surtout d'acquérir une bonne connaissance des besoins des groupes communautaires en ce qui a trait aux technologies informatiques, encore nouvelles à cette époque. En même temps, elle est cruciale pour que l'organisme puisse définir son plan d'action et ses orientations pour les années futures, sur la base des besoins exprimés par les groupes face aux TIC.
Toujours dans le cadre de son étude de besoins, Communautique innove, en 1996, en créant un laboratoire informatique ouvert au public dans les locaux de la Puce communautaire, situés dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Le Café Communautique, premier point d'accès à Internet, est quant à lui ouvert en 1997. Communautique contribue aussi à la création d'autres points d'accès dans la région de Montréal, expérimentant la formule directement auprès des groupes. Ces premières initiatives avaient le statut de projets pilotes, et ont été assurées par des financements provenant du Fonds de l'autoroute de l'information, du Fonds d'intervention régionale (FIR) du Conseil régional de développement de l'Île de Montréal, et dans un moindre mesure, du Programme de soutien à l'éducation populaire autonome (PSEPA). Elles ont plus tard donné lieu à la création d'un projet d'envergure : « Inforoute, points d'accès – initiation à la population », qui a vu le jour en 2000.
C'est à partir de 1997, et grâce à l'obtention d'un financement du Fonds de l'autoroute de l'information (gouvernement du Québec), que le projet Communautique multiplie les activités auprès du milieu communautaire québécois, notamment des séances de sensibilisation et des sessions de formation. Par exemple, Communautique offre dans plusieurs régions du Québec, une formation combinant sensibilisation aux TIC et formation à l'utilisation du Web et du courriel destinée aux groupes communautaires. Allant à la rencontre des groupes, Communautique leur expose les enjeux que les TIC représentent en terme de développement stratégique, de relations entre groupes, et de l'importance que l'appropriation des TIC représente pour l'intégration des populations potentiellement exclues. Communautique met aussi de l'avant l'importance du fait que les groupes participent à la création de contenus communautaires francophones dans l'espace Internet. Dans cette optique, le premier site web de Communautique est créé en 1997. Ce site présente alors des contenus créés par le groupe, ainsi que des liens vers des ressources externes d'information et de formation pour les groupes communautaires. Communautique a également réalisé plusieurs sites web pour des groupes communautaires, hébergés sur son propre serveur. Cette expérience a permis, entre autres, d'identifier les principaux défis que les groupes avaient à relever pour s'approprier les TIC. Notons que Communautique a travaillé conjointement avec d'autres projets francophones au Canada pour promouvoir la création de contenus communautaires francophones propres à Internet.
Pour que les groupes communautaires puissent marquer significativement leur présence sur Internet, la question des ressources financières dont ils disposent s'avère cruciale. Jusqu'à son incorporation en 1999, Communautique a mené de nombreuses activités de représentation politique et de recherche de financement. L'organisme a participé à de nombreuses consultations publiques. Il a aussi réussi, avec peu de moyens, à offrir un bon nombre de sessions de sensibilisation et de formation à travers le Québec dans le cadre de projets subventionnés. Notamment, Communautique a participé à la création de deux points d'accès publics à Internet dans deux bibliothèques de Montréal (quartier Hochelaga-Maisonneuve) ; il a contribué à la création de deux autres points d'accès au Centre de lecture et d'écriture (CLÉ) et au Comité logement du Plateau Mont-Royal. L'organisme a offert diverses séances de formation au Centre St-Pierre. Communautique a également contribué, par le biais du projet « Création de réseaux » de Santé Canada, à fournir de l'équipement à 184 organismes. Enfin, dans le cadre de l'important projet « courrier.qc.ca », financé par le gouvernement québécois, Communautique a été appelé à réaliser des tests techniques et ainsi à recueillir les commentaires et les recommandations des utilisateurs par rapport au système informatique utilisé dans ce projet. De plus, Communautique s'est aussi occupé des inscriptions des utilisateurs et a offert plusieurs formations dans la région de Montréal15.
Depuis son autonomisation, Communautique multiplie les partenariats, les formations et les projets. La majorité des projets sont toujours directement liés à l'appropriation des TIC, que ce soit à travers la représentation publique, la recherche, le développement de points d'accès ou encore l'offre de formation. Au cours des dernières années, plusieurs projets sur le thème de « l'Internet citoyen » et du « gouvernement en ligne » ont vu le jour. Cette orientation de Communautique, en résonance avec les préoccupations des gouvernements quant à la stimulation de la vie démocratique, se veut une façon d'intéresser et d'intégrer les populations démunies à l'exercice de la démocratie, à la délibération publique et à la vie politique, par l'entremise d'Internet. Somme toute, Communautique et bon nombre de groupes communautaires participant à ces projets (ou ayant créé leurs propres projets), cherchent à développer aujourd'hui des stratégies citoyennes d'utilisation des TIC.
Nous considérons l'autonomisation de l'organisme aux plans légal et administratif comme l'un des points tournants de son développement, notamment en ce qui concerne sa capacité de financement. En effet, nous ne pouvons ignorer le développement organisationnel de Communautique, dont le statut a évolué rapidement du statut de projet (1995) à celui d'association (1997) pour enfin devenir un OBNL (1999). Attardons-nous maintenant sur cette incorporation en OBNL, moment où Communautique est devenu une organisation légalement autonome.
Le Comité de gestion de l'association Communautique, composé des directions générales de l'ICÉA et de la Puce, s'était réuni à une vingtaine de reprises au cours de l'année 1999. En plus de voir à la bonne marche des activités en cours et en développement, le comité s'était penché sur plusieurs dossiers majeurs : planification stratégique à long terme, en regard du financement notamment ; démarche visant à faire de Communautique une corporation autonome ; développement d'un projet provincial de mise sur pied de points d'accès. Mais à ce moment-charnière dans l'histoire de Communautique, c'est la question du financement qui occupe le plus de place. En 1999, Communautique a donc pris une série de décisions quant à sa vision, sa mission, ses objectifs, et les activités lui permettant de les réaliser. Simultanément, l'organisme a mis en place sa structure décisionnelle et organisationnelle par une nouvelle définition des postes; il a défini sa propre politique salariale, ses conditions de travail et enfin, sa démarche d'évaluation. Le rapport annuel d'août 1999 fait d'ailleurs état des principales tâches administratives liées à l'incorporation de Communautique, regroupées en un plan de développement de l'organisme. À ce moment-là, il s'agissait d'abord pour l'ICÉA et La Puce de pourvoir Communautique d'une autonomie complète.
En décembre 1999, pour des raisons de fonctionnement interne et de gestion du projet, la Puce et l'ICÉA décident de procéder à l'incorporation de Communautique comme OBNL. C'est au cours de 1999 que des ouvertures se sont créées pour financer un tel projet tant au niveau provincial16, qu'au niveau fédéral avec l'arrivée de premiers programmes de financement d'envergure. Le contexte politique se prêtait donc à ce que Communautique devienne un organisme à part entière juridiquement.
La fin de l'année 1999 marque l'autonomisation légale de l'organisme, lui permettant de fonctionner indépendamment au sein de ses propres structures, et de déterminer ses objectifs. Les trois signataires de la demande d'incorporation de Communautique en OBNL sont Louise St-Jacques, Bernard Normand et Francine Pelletier, qui forment alors le Conseil d'administration provisoire de l'organisme. Le Fonds de développement de la Métropole finance alors un projet global couvrant plusieurs champs d'action de Communautique : la recherche et l'analyse, le développement de l'accès public, les formations et aussi la conception de plusieurs sections du site web. Signalons qu'il n'y a pas eu de déchirements entre Communautique, la Puce et l'ICÉA. Il s'agissait plutôt de laisser s'organiser un projet qui fonctionnait bien, et qui avait alors besoin d'une structure autonome pour mener à long terme ses objectifs. D'autre part, les deux partenaires de départ sont toujours représentés dans le Conseil d'administration de Communautique. Roger Charbonneau résume bien cette période-charnière dans l'histoire du groupe :
C'était plus simple de devenir un organisme à part entière, un OSBL, ça nous facilitait, d'une certaine façon, d'aller chercher différents types de financement par projets, ce qui était peut-être plus difficile quand on était trop liés ensemble car ça devenait un organisme à trois têtes … mais il reste qu'on a toujours gardé contact avec les organismes qui nous ont fait naître, ils font partie du conseil d'administration17.
Au cours de l'année 2000, l'assemblée générale de fondation est tenue et les statuts et règlements de Communautique sont adoptés. Un Conseil d'administration et un Comité exécutif sont créés et tiennent plusieurs réunions. Aussi, l'équipe de Communautique a été modifiée quand les premiers recrutements de personnel ont été faits. Notons enfin que, comme la Puce communautaire, l'organisme a déménagé vers de nouveaux locaux durant cette période. Un changement de locaux qui symbolise en quelque sorte l'autonomisation de Communautique. En 2000-2001, des comités de travail sont formés pour réévaluer les conditions et l'organisation du travail à Communautique. L'organisme règle dans le même temps la question de l'administration des budgets (comptabilité, rapports financiers, prévisions budgétaires). En 2002-2003, la structure organisationnelle est bien établie. En novembre 2002, Francine Pelletier, l'une des fondatrices de Communautique, laisse la direction de l'organisme à Monique Chartrand, qui est toujours en poste actuellement.
Communautique, en tant qu'organisme provincial, se devait d'avoir des assises solides dans les différentes régions du Québec. N'étant pas un regroupement sectoriel avec des groupes de base dans chaque région, une approche orientée vers le partenariat s'imposait. Dans l'organisation Communautique, les partenaires ont un rôle tant dans le fonctionnement même du groupe (structure décisionnelle) que pour la réalisation de nombreux projets.
On peut dire que les partenariats font partie intégrante du fonctionnement de l'organisme depuis ses débuts. À la base même de Communautique, il y a d'abord eu le partenariat de fondation entre la Puce et l'ICÉA. Par la suite, la structure administrative du projet, de 1995 à 1999, est notamment composée d'un Comité aviseur regroupant treize (13) membres partenaires, lesquels ont directement contribué à définir les orientations du projet. Cette structure participative est l'un des traits importants de Communautique. Depuis 1999, l'intégration des membres dans le Conseil d'administration – donc dans la structure décisionnelle de Communautique – assure également une représentation directe du milieu communautaire en son sein.
Signalons aussi que, dès 1995-1996, Communautique a organisé des journées de concertation et de réflexion avec des organismes partenaires du milieu communautaire. Une enquête par questionnaires a été réalisée auprès d'une centaine de groupes travaillant dans les domaines de l'éducation populaire, de la citoyenneté et du développement local et régional, dans le cadre de la première étude de besoins.
Les partenariats sont également rendus possibles grâce à certains projets dont Communautique est le premier responsable. Différents niveaux de partenariats existent : l'organisme a créé des partenariats avec des groupes soutenus par le Fonds de lutte contre la pauvreté, pendant que d'autres sont financés par Santé Canada. L'organisme fait également partie du réseau des centres d'accès communautaires à Internet (CACI), et a développé des partenariats avec plusieurs des groupes bénéficiant d'un point d'accès.
Pour déterminer les partenaires susceptibles de participer à un projet, la démarche empruntée par Communautique peut consister soit en une concertation des groupes communautaires leaders dans une région, soit en une présence dans des comités sectoriels ou des tables régionales. Ces stratégies permettent à l'organisme de mieux cibler et mieux connaître les groupes avec lesquels il compte travailler.
De manière générale, les partenaires de Communautique sont des groupes communautaires et des entreprises d'économie sociale impliquées plus ou moins directement dans le domaine de l'éducation populaire. On retrouve, entre autres, des centres d'alphabétisation, des organismes de loisirs ou d'éducation populaire, des centres pour personnes immigrantes, ou pour personnes handicapées ou des centres de coopération internationale. Il peut aussi s'agir de centres orientés vers la famille, les femmes ou les jeunes, ou encore, d'organismes centrés sur l'aide alimentaire, le développement communautaire ou économique, l'insertion professionnelle ou la défense des droits.
La diffusion, la promotion ainsi que le fait de veiller au rayonnement des projets menés sont autant de stratégies nécessaires destinées à assurer la présence et la reconnaissance de Communautique dans la société québécoise. Dès ses débuts, l'organisme a posé plusieurs gestes significatifs afin d'assurer sa visibilité et son rayonnement. Voici l'exemple de quelques actions significatives de rayonnement menées durant les premières années18.
Mentionnons que le projet Communautique, bien qu'il ait dû progressivement construire sa propre reconnaissance, jouissait dès son lancement du rayonnement et de la réputation de ses deux organismes fondateurs, la Puce et l'ICÉA, avec les avantages et les inconvénients que cela comporte. Individuellement aussi, les personnes ayant participé à la création de Communautique étaient impliquées et connues du milieu communautaire. De même, comme nous l'avons mentionné précédemment, les premières années de Communautique sont marquées par de nombreuses activités de représentation auprès des décideurs politiques.
L'une des priorités de Communautique était de construire un site web, ce qui a été accompli en mars 1997 alors qu'une première version est mise en ligne. On parle ici d'un site complet du point de vue des contenus présentés, mais qui conserve une architecture de navigation simple, permettant d'y accéder depuis n'importe quel type d'ordinateur ou de connexion Internet, et qui respecte les critères d'accessibilité pour les personnes souffrant d'une déficience visuelle. Le site est un espace de contenus, d'analyses et de références, où l'on retrouve différentes rubriques comme un babillard, un centre de documentation et des ressources, comme c'est le cas de nombreux sites dans les milieux communautaires et d'éducation populaire. À travers ce site web, Communautique a pu montrer aux groupes les possibilités informatiques en matière d'utilisation et de présentation de contenus. Ce site a constitué une des premières présences du milieu communautaire québécois sur Internet, après le portail Agora lancé au début des années 1980.
En avril 1998, une campagne médiatique est lancée par le biais de reportages, d'articles et d'entrevues (TV, radio, Internet, presse écrite). Cette campagne permet de sensibiliser la population en général, et le milieu communautaire en particulier, aux enjeux liés aux TIC, tout en faisant connaître la vision et les activités de Communautique. Les liens entre Communautique et les médias ont été importants pour son rayonnement et son développement. Dans ses rapports avec les médias de masse, Communautique a été beaucoup sollicité ; il a notamment participé à quelques émissions de Radio-Canada. Le soutien médiatique est venu d'abord du milieu communautaire lui-même. Par exemple, le soutien du magazine Tour d'y Voir, une référence dans le mouvement communautaire, a certainement été très utile pour faire connaître le projet.
Au cours de l'été 1998, Communautique multiplie ses actions de concertation et organise un forum sur la politique québécoise de l'Inforoute où sont sollicités plusieurs acteurs du milieu communautaire, lesquels se questionnent particulièrement sur la portée sociale de cette politique. Communautique travaille alors sur une analyse de cette politique, travail qu'il diffuse sur son site web, accompagné d'une sollicitation à adhérer à une liste d'appui. Une coalition d'organismes communautaires est alors créée autour de cette analyse, qui est ensuite diffusée dans les médias et auprès de réseaux d'organismes communautaires. Communautique mène aussi une campagne d'information par courriel auprès des députés de l'Assemblée nationale, destinée à les sensibiliser aux enjeux sociaux liés aux TIC. L'analyse a suscité une libre opinion dans les médias de la part du sous-ministre de l'époque, Adélard Guillemette.
Toujours au cours de l'année 1998, Communautique participe à une conférence virtuelle organisée par le Bureau des technologies d'apprentissage d'Industrie Canada sur le thème des « réseaux communautaires d'apprentissage ». Ajoutons aussi que Communautique fait partie du comité de coordination de la Table de concertation sur la télématique et l'Inforoute communautaire (TACTIC), regroupant tous les projets communautaires financés par le Fonds de l'autoroute de l'information.
Ces actions de représentation publique ont permis de sensibiliser la population à l'importance de « prendre le bon virage » en matière de technologies de l'information et de la communication. Elles démontrent en même temps le leadership de Communautique au sein du mouvement communautaire. On remarque d'ailleurs une évolution progressive dans l'action de représentation politique de Communautique. L'organisme agit au début en mettant de l'avant ses idées sur l'importance que tous les groupes et citoyens aient leur place dans la « société de l'information ». Par la suite, Communautique est consulté dans le cadre d'événements publics et est invité à siéger sur divers comités gouvernementaux ou para-gouvernementaux.
Par ses activités de représentation publique et ses actions concrètes auprès des groupes communautaires, Communautique a acquis une reconnaissance venant du milieu communautaire québécois, et une légitimité aux yeux des institutions publiques. L'organisme a progressivement établi sa propre légitimité, tout en défendant celle de l'ensemble du milieu communautaire.
Le projet Communautique initial comptait sur une problématique et des objectifs particuliers, mais les activités menées sur le terrain ont largement contribué à un raffermissement de la définition de la mission et au raffinement des objectifs particuliers de Communautique, tout en permettant de mieux cerner les besoins de l'organisme en termes d'organisation et de personnel.
La « proactivité » de Communautique pour défendre les intérêts du milieu communautaire explique en grande partie ses succès. Par l'intermédiaire de ses projets de concertation et d'analyse des besoins du milieu, Communautique s'est impliqué directement sur le terrain des groupes communautaires afin d'y assurer une veille sociale et technologique. Ses activités d'analyse ont créé une relation de confiance avec les groupes communautaires, assurant par le fait même une légitimité à Communautique en tant qu'organisation leader en matière d'appropriation sociale des TIC au Québec. L'organisme a agi assez rapidement comme porte-parole du milieu communautaire. Il a réussi à évaluer les besoins d'outillage et d'équipement des groupes en matière de TIC. De plus, l'organisme a su prendre position à propos de nombreux enjeux sociaux, comme la lutte contre la pauvreté et l'exclusion, ou ceux de l'accessibilité, de la citoyenneté et de la démocratie en ligne19. Communautique a d'ailleurs produit plusieurs mémoires à ce sujet. Par exemple, ses réflexions ont porté sur la politique de reconnaissance de l'action communautaire, sur la politique de lutte contre la pauvreté et l'exclusion, et sur la politique de formation continue, entre autres. Dernièrement, Communautique a amorcé une réflexion quant aux possibilités que peut offrir le logiciel libre et l'Internet sans fil (WiFi) pour l'action communautaire. Ces réflexions sont menées dans un souci de démocratisation des TIC, et en fonction des besoins exprimés par les groupes.
Comme tout groupe communautaire, Communautique dépend en majeure partie des financements gouvernementaux pour assurer sa survie. À cet égard, l'organisme a connu plusieurs difficultés importantes durant ses premières années d'existence. Grâce aux activités de représentation publique de Communautique et de ses nombreux partenaires, le milieu communautaire est désormais mieux pris en compte, par les programmes subventionnaires provinciaux et fédéraux d'accès aux TIC, même s'il y a toujours place à l'amélioration. Nous présentons ici un aperçu historique des démarches de financement menées par Communautique depuis sa création20.
Au moment où Communautique voit le jour en 1995, la Puce communautaire et l'ICÉA mettent sur pied un Comité de gestion du projet et mènent conjointement de nombreuses recherches de financement : des dizaines de demandes sont déposées. Pour mener à bien ces démarches, l'un des deux organismes était, tour à tour, « promoteur » du projet tandis que l'autre en était le « partenaire ». Le premier financement obtenu par la Puce pour le projet Communautique provient de Ressources humaines Canada21. Le second financement, obtenu par l'ICÉA, provient du ministère de la Culture et des Communications du Québec, il était destiné à la réalisation d'une première étude de besoins.
À l'automne 1996, trois organismes publics québécois financent le projet : le Fonds d'intervention du conseil régional de développement de l'Île de Montréal (CRDIM), le Fonds de l'autoroute de l'information (FAI) du ministère de la Culture et des Communications du Québec et le Programme de soutien à l'éducation populaire autonome (PSEPA) du ministère de l'Éducation du Québec. En 1997, Communautique acquiert le statut d'association composée de la Puce et l'ICÉA. Ce sont les partenaires fondateurs du projet Communautique, l'ICÉA et la Puce communautaire, qui ont décidé de cette association et qui en ont présenté la demande à l'Inspecteur général des institutions financières (IGIF). L'association est décidée au moment où les financements du FAI, du CRDIM et du PSEPA sont en marche. Les financements du CRDIM et du FAI sont alors d'une durée de 18 mois, de janvier 1997 à juin 1998, et ils assurent le fonctionnement de Communautique.
Avec la fin de ces financements, durant l'été 1998, le contexte financier se resserre et devient peu favorable à l'association « projet Communautique ». Les partenaires engagent une campagne médiatique, mènent diverses représentations publiques et produisent un grand nombre de demandes de subvention. Le financement du FAI octroyé à Communautique n'est pas renouvelé durant l'été 1998, rendant la situation du groupe assez précaire. Heureusement, le grand nombre de représentations publiques menées par le groupe et son travail d'analyse de la politique québécoise de l'autoroute de l'information permettent d'obtenir d'autre financement, garantissant pour un temps la survie de Communautique. En particulier, le CRDIM accorde un financement de six mois nécessaire à la survie de Communautique. De son côté, le Secrétariat à l'action communautaire autonome (SACA) offre un financement permettant cette fois de démarrer une autre étude de besoins; le Fonds de développement de la métropole (FDM) arrive par la suite et permet de financer le cœur des activités de Communautique, notamment le développement du site web. Dès lors, le comité de gestion de Communautique peut amorcer une réflexion sur la pérennité et le développement de l'association « projet Communautique ».
Au début de 1999, l'intervention de Communautique et d'une coalition d'organismes soutenant son analyse de la Politique québécoise de l'Inforoute, a permis à des groupes communautaires de se voir associer au projet pilote du FAI : « courrier.qc.ca ». Communautique reçoit un financement du FAI pour sa participation à ce projet gouvernemental québécois. Ainsi, des dimensions d'initiation populaire à l'informatique ont été prises en compte dans le cadre de ce projet. Au cours de cette même année, plusieurs rencontres avec la ministre Louise Harel sont entreprises par Bernard Normand, directeur général de l'ICÉA, Louise St-Jacques, directrice générale de la Puce communautaire, et Jean-Claude Guédon, qui accompagne alors le comité de gestion. Ces rencontres avaient pour objectif de sensibiliser les décideurs à la situation critique de Communautique, et de trouver des solutions pour y remédier. Communautique est également présent aux consultations du Secrétariat pour l'action communautaire autonome (SACA). Les responsables de Communautique rencontrent ceux du FDM afin de leur proposer un avant-projet.
À la fin de 1999 – moment où Communautique devient un OBNL et donc une organisation autonome – le groupe développe un ensemble de stratégies pour assurer le financement de ses activités et la rémunération de ses travailleurs22. Communautique se fixe trois objectifs stratégiques: développement d'une structure de financement mixte, recherche d'autofinancement, délimitation d'un horizon de trois ans dans la recherche des budgets. Depuis l'incorporation, ces objectifs stratégiques de financement sont d'ailleurs restés sensiblement les mêmes. Afin d'atteindre ces objectifs, un comité spécialisé dans la recherche de financement avait alors été créé, lequel s'inscrivait dans la continuité de ce qu'avait pu réaliser antérieurement le comité de gestion du projet du point de vue des démarches de financement.
En décembre 1999, Communautique se voit accorder un important financement de la part du Fonds de la lutte contre la pauvreté par la réinsertion au travail (FLCP), lui permettant d'amorcer le projet « Inforoute, points d'accès – initiation à la population ». Le projet est amorcé par une rencontre avec plusieurs partenaires des Corporations de développement économiques et communautaires (CDÉC) de la région de Montréal, suivie d'une autre rencontre en janvier 2000, cette fois-ci avec les partenaires des régions. À partir de 2000, l'organisme a pu commencer à diversifier ses sources de financement. D'ailleurs, l'ouverture des programmes fédéraux et l'élargissement de la politique québécoise de l'Inforoute aux initiatives communautaires ont constitué deux moments cruciaux pour la survie de Communautique, et pour celles d'autres groupes oeuvrant dans ce domaine.
En 2000-2001, les actions de financement menées par Communautique consistent en des démarches exploratoires pour le financement de base et le développement de nombreux projets, dont la majorité sont subventionnés. Communautique participe notamment au programme VolNet, qui constitue son premier financement fédéral, et au Programme d'accès communautaire (PAC), auquel Communautique est finalement éligible, de par l'ouverture du programme au réseau urbain. Ces deux programmes importants sont financés par Industrie Canada. Le PAC a permis le déploiement et le financement d'un réseau de CACI. Le Fonds d'initiatives locales (FIL) a assuré le financement d'un réseau de points d'accès dans le quartier montréalais du Plateau Mont Royal. Ces financements ont permis d'assurer le maintien des emplois d'animateurs populaires créés antérieurement par le biais du Fonds de lutte contre la pauvreté et du projet « Inforoutes, points d'accès ».
L'organisme conduit aussi des démarches de financement du côté des instances subventionnaires en éducation. En 1996, à travers un financement du ministère de l'Éducation du Québec dans le cadre du PSEPA accordé à la Puce communautaire, quelques formations réalisées au sein du projet Communautique avaient pu être financées. Ce premier budget apparaissait toutefois largement insuffisant. Heureusement, la situation change et en 2002, le Programme d'action communautaire sur le terrain de l'éducation (PACTE)23 voit le jour et permet l'obtention d'un premier financement de base. Communautique obtient en effet, en 2002, une accréditation du ministère de l'Éducation en tant qu'organisme de formation, d'une valeur de 60 000 $ par année (devenus 70 000 $ pour trois ans). Ce financement de base a facilité l'accès de Communautique à un financement supplémentaire au sein du projet de Formation à l'Inforoute citoyenne. Cette accréditation prouve aussi que le groupe a acquis une légitimité auprès des institutions gouvernementales. Par contre, l'accréditation de Communautique comme organisme de formation n'a pas encore eu d'effet tangible en matière de contrats de formation obtenus.
En 2003, Communautique attendait également un financement de base en provenance du ministère de la Culture et des Communications du Québec, mais le retour du Fonds de l'autoroute de l'information (devenu le Fonds de la société de l'information) au Conseil du trésor a retardé cette reconnaissance qui s'actualisera en 2005. En avril 2005, Communautique a reçu un financement de 125 000 $ (dont 50 000 $ en financement de base) pour sa contribution aux réflexions sur la démocratie en ligne24. À l'avenir, Communautique souhaiterait diversifier les financements de base afin de soutenir tous les pans de ses activités.
En outre, l'autofinancement fait partie des objectifs de Communautique, bien qu'il constitue une proportion relativement faible de son budget, variable d'une année à l'autre. Une partie de cet autofinancement existe grâce à des contrats pour des services de formation. Par exemple, les services offerts au Centre St-Pierre et au ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration sont réalisés sur la base de contrats25. Communautique organise également des campagnes de levée de fonds puisque bénéficiant d'un statut d'organisme de charité, il peut recevoir des dons26. La recherche de fonds privés est un autre moyen que l'organisme souhaite explorer dans un proche avenir. Communautique intègre des membres officiels, lesquels payent une cotisation annuelle et peuvent participer aux réunions du Conseil d'administration. Les frais d'adhésion exigés pour devenir membre de Communautique représentent, aussi minime soient-ils, une source supplémentaire de financement : des frais annuels de 10 $ sont demandés à titre individuel, et de 25 $ pour un organisme. Communautique compte développer éventuellement d'autres stratégies en vue d'augmenter son autofinancement.
De 1996 à 2004, les sources de financement de Communautique se sont considérablement élargies, preuve que l'organisme n'a cessé de se développer et qu'il a gagné en crédibilité tant auprès des groupes communautaires qu'auprès des bailleurs de fond.
À ses débuts, les activités de Communautique ne cadraient pas bien avec les critères des grands programmes gouvernementaux (premières années du Fonds de l'autoroute de l'information au Québec et premières années du Programme d'accès communautaire au Canada), lesquels étaient principalement orientés vers l'accès des régions éloignées à Internet et aux nouvelles technologies. Les premiers financements de Communautique ont été surtout provinciaux, voire municipaux (CRDIM). Un moment décisif s'est produit lorsque le ministère de la Culture et des Communications du Québec a reconnu la pertinence du projet Communautique au Sommet de l'emploi en 1996. La production de mémoires, associée à de nombreuses présences sur la scène publique et politique27, ont permis à Communautique d'acquérir une légitimité auprès des institutions publiques. En même temps, avec l'ouverture des programmes à de nouveaux secteurs, dont le communautaire, Communautique a pu obtenir des financements plus conséquents, notamment au niveau fédéral à partir de la fin de l'année 1999 (VolNet, PAC, Francommunautés virtuelles).
En résumé, depuis son autonomisation, Communautique a développé une double stratégie de financement, reposant d'une part, sur l'obtention de subventions externes (financement de base et de projets spécifiques) et d'autre part, sur la réalisation d'un objectif d'autofinancement (contrats, ententes de service, membership). À l'origine, le financement externe de Communautique provenait de quelques programmes subventionnaires locaux, québécois, puis fédéraux. Par sa capacité à réaliser ses projets et à respecter ses engagements, Communautique s'est construit une crédibilité auprès des bailleurs de fonds. Communautique joue dorénavant un rôle de porte-parole des milieux communautaires en matière de technologies de communication auprès des décideurs politiques. Ainsi, l'un des objectifs de Communautique est, aujourd'hui, de développer des projets rassembleurs qui créent ou renforcent les liens déjà existants entre les groupes communautaires. L'organisme compte aussi de nombreux partenaires, dont il tente de connaître les besoins pour leur offrir des services directs. Majoritairement, ces partenaires sont des organismes d'éducation populaire et de développement local, engagés dans la promotion de l'accessibilité aux connaissances, la solidarité ou l'autonomie sociale.
Malgré les difficultés propres à tous les groupes communautaires (notamment en raison des financements par projets qui sont rarement à long terme), on peut dire que la stratégie de financement de Communautique a été jusqu'ici fructueuse, lui permettant de survivre sans avoir à modifier sa mission de base. Cette stratégie lui a permis de soutenir à la fois ses activités de recherche, de formation et de réseautage grâce à l'obtention continue de différents types de financement (subventions, contrats). L'un des avantages de Communautique fut de se doter d'un plan d'action clair, énoncé en fonction de trois axes d'orientations de son travail. Ce plan lui permet d'être présent sur plusieurs fronts et, entre autres, d'être éligible à plusieurs programmes de subvention.
Plus généralement, Communautique joue un rôle d'intermédiaire entre d'un côté, l'offre de programmes subventionnaires gouvernementaux (accès aux TIC et appropriation d'Internet) et de l'autre, une demande sociale (sociocommunautaire) exprimée à travers des études de besoin réalisées auprès de groupes communautaires. L'organisme consulte ainsi ses partenaires pour définir des stratégies d'action communes avec la préoccupation avouée de faire en sorte que les milieux communautaires obtiennent la place qui leur revient dans le cadre de ces programmes28.
Table des matières
1. Genèse de Communautique | 3. Champs d'activités
Notes
1 « Statuts et règlements de Communautique», rédigés en décembre 1999.
2 Schéma réalisé avec le logiciel MOT (Modélisation par objets typés - Paquette, 2002). Le lien « C » est un lien de composition. Par exemple, « Un membre du CDC Longueuil compose le Comité aviseur ».
3 « Statuts et règlements de Communautique», rédigés en décembre 1999.
4 D'un point de vue administratif, une personne morale représente un organisme collectif quelconque, tandis qu'une personne physique se présente elle-même et agit à titre individuel. Selon le registraire des entreprises du gouvernement du Québec (dont le site web est situé à l'adresse suivante :
5 Pour le premier mandat du comité exécutif en 1999, les délégués de l'ICÉA et de la Puce ont été dirigeants.
6 « Statuts et règlements de Communautique », rédigés en décembre 1999.
8 Procès verbal de l'assemblée générale du 3 décembre 1999.
9 Communautique, « Plan d'affaires », présenté à la Corporation de développement économique et communautaire (CDEC) Centre-Nord, Avril 2003.
10 Source : Statuts et règlements de Communautique, décembre 1999.
12 Nous reviendrons plus en détails sur les champs d'activités de Communautique dans le chapitre 3.
13 Nadeau, Carole-Line, « Internet : se méfier ou se brancher ? », Gazette des femmes, vol. 18, no. 6, mars-avril 1997, pp. 36-37.
14 Soutien financier du ministère de la Culture et des Communications et du ministère de l'Éducation du Québec, rapport de l'étude de besoins. 1997. [Consulté en janvier 2005].
15 Nous présenterons de manière détaillée ces projets à la section 3.4 intitulée « Réseautage et soutien technique ».
16 Signalons les financements du CRDIM, au Fonds de développement de la métropole (FDM), du Secrétariat à l'action communautaire autonome (SACA) pour un projet de recherche, et un contrat avec le ministère des Relations avec les citoyens et Immigration (MRCI).
17 Roger Charbonneau, entrevue pour le projet CRACIN. Rencontre avec Nicolas Lecomte, à Montréal, 19 janvier 2005
18 Nous revenons sur la question du rayonnement dans la section intitulée « représentation publique». Voir infra : section 3.3.
19 Nous abordons ces deux derniers thèmes dans la section 3.2 : Recherche.
20 Un travail de description systématique et d'analyse des projets subventionnés en fonction des programmes et politiques fédérales et québécoises, est mené par notre groupe de recherche. Cette analyse participera à une compréhension plus approfondie des activités de financement de Communautique. Elle fera l'objet d'un rapport subséquent.
21 Loi sur l'assurance-emploi (article 38).
22 Les informations qui suivent sont tirées des rapports annuels internes de Communautique, mis à la disposition de notre équipe de recherche.
23 Le PSEPA est aboli entre temps, suscitant de vives contestations dans le milieu communautaire.
24 Annoncé par M. Henri-François Gautrin, ministre délégué au Gouvernement en ligne, à l'occasion de la Journée de réflexion sur la démocratie en ligne, initiative du Comité d'étude sur la démocratie en ligne animée par Communautique, au Centre St-Pierre, le 28 avril 2005.
25 La Politique d'action communautaire définit la différence entre subventions, contrats et ententes de services, permettant dans une certaine mesure aux groupes communautaires et entreprises d'économie sociale d'agir comme fournisseurs de services pour les gouvernements.
26 Par exemple, certaines aides matérielles proviennent d'organisations privées, notamment IBM a fourni huit ordinateurs portatifs ayant permis de mettre sur pied un laboratoire mobile de formation.
27 Nous présentons plus de détails à la section 3.3 : Représentation publique.
28 Nous approfondirons cet axe d'analyse dans notre prochain rapport qui portera spécifiquement sur le financement de l'organisme (production de ce second rapport prévu pour septembre 2005).