Centre de Lecture et d'Écriture (CLÉ-Montréal)

Composer le passé

À Montréal, pour vivre une nouvelle vie

Sur la ferme

Dans ma première jeunesse

Dans le bon vieux temps

Quand j'avais 15 ans

C'était le beau temps

Histoire vraie

À Montréal, pour vivre une nouvelle vie
par Maria Grutanska

Je suis née à Varsovie. Je vivais à Varsovie avec mes parents et ma soeur Wanda. Elle a quatre ans de plus que moi. Nous vivions dans un gros bloc de 10 appartements. J'habitais au troisième étage. Ma mère travaillait comme couturière. Mon père était un cheminot, il faisait l'entretien et les réparations des trains.

Varsovie, c'est la capitale polonaise. C'est une grande ville. Il y a des autobus, des trolleybus, des métros. J'ai encore de la famille là-bas, des cousins et des cousines.

La température, c'est comme au Québec mais un peu plus doux. Le printemps arrive plus tôt.

Je me souviens d'une journée quand j'étais petite à l'école, la première journée d'école. Il y avait plein d'enfants partout, partout. J'étais très contente. Je me souviens, j'avais les cheveux longs, des tresses sur les épaules. J'avais marché jusqu'à l'école avec Wanda. J'étais contente.

J'ai commencé à travailler à 19 ans. J'étais caissière dans un restaurant. Le dimanche, nous faisions des promenades dans les parcs. On allait au restaurant, au cinéma. Varsovie est une très belle ville.

Je suis arrivée à Montréal en 1970 pour vivre une nouvelle vie. À Montréal, tous mes amis étaient Polonais ou presque. Je n'ai pas pu parler beaucoup le français. Maintenant, je comprends le français quand on me parle et je parle un peu en français. Je peux lire et écrire un petit peu aussi.

(Ce texte a été composé oralement par Maria avec l'aide d'une animatrice qui notait ce que Maria disait.)

Sur la ferme
par Gaétan Vachon

Moi, j'aimais les travaux avec le cheval.

Les fins de semaine, on allait chez mon grand-père.

Le printemps, on allait avec mon père à la pêche à la carpe dans les eaux froides dans deux à trois pieds d'eau. Des fois, on y allait avec le voisin, on y allait dans la nuit aux petites heures du matin, on ramassait des poches de poissons.

Moi, j'aimais glisser en traîneau le printemps au soleil. Moi, j'ai toujours aimé tous les printemps. Mais j'avais un problème, j'avais mal aux yeux, le soleil ça m'aveuglait. J'aimais marcher dans le bois.

Et le printemps, on faisait le bois pour le poêle. Mais ce que j'aimais pas sur la ferme, le printemps, on ramassait des roches et on faisait du fil de fer pour réparer les clôtures.

On était « ben » contents quand le temps arrivait que le foin se mettait à pousser. On pouvait envoyer les vaches et les chevaux de l'étable. On avait moins d'ouvrage dans l'étable. On avait plus de travail sur la ferme. On semait les légumes. Les vaches et les moutons, ils avaient leurs petits.

Moi et mon frère, on était toujours ensemble presque partout. Et le père, quelquefois, nous donnait des coups de pied dans le derrière avec ses bottes de travail. Ses bottes avaient le bout avec un cap de fer.

Moi, qu'est-ce que j'aimais de lui, c'est qu'il m'emmenait à la pêche dans la rivière en eau froide.

Dans ma première jeunesse
par Ling Shu Wang

Quand j'avais 15 ans, j'avais bien du plaisir parce que j'étais dans ma première jeunesse et pleine de jeunesse.

Exemple : je travaillais, je pensais, j'expliquais des choses, je parlais avec des personnes dans ma langue, le mandarin.

Aussi, je sautais, je courais, je mangeais, j'avais beaucoup de belles pensées dans la tête.

J'étais en joie.

Dans le bon vieux temps
par Richard Morneau

Dans le bon vieux temps, c'était pour moi les meilleurs moments de la vie.

Le stress n'était pas là et on se levait à l'heure du coq, l'oiseau qu'on appelait le réveil-matin, qui chantait à 6 heures le matin. C'était l'heure de se lever et la journée commençait. La mère et la grand-mère préparaient, avec plusieurs sortes de nourritures, le déjeuner des gros travailleurs qui travaillaient sur des énormes fermes.

Les hommes coupaient les arbres le long de la ferme et les fermiers brossaient les chevaux et ils arrangeaient les fers des sabots des chevaux. Ils préparaient la nourriture pour les poules pour qu'elles mangent. Il fallait préparer les grains et les semences chaque jour. Il fallait nourrir les cochons, les vaches, le coq, les poussins, les poules et les canards qui se tenaient avec les bébés canetons.

Et puis, le fermier travaillait très fort, très dur toute la journée.

Et il ne faut pas oublier la femme qui s'occupait du jardin tout au long et tout autour de la maison. On plantait des navets, des concombres, des radis, des fèves vertes et jaunes, des patates, des oignons, des échalotes, du blé d'Inde, des melons d'eau, des citrouilles qui représentent l'Halloween.

Le jour, les fermiers travaillaient très dur et quand venaient les hommes pour dîner, nous sortions la vaisselle de l'ancien temps et les femmes nourrissaient leurs hommes.

Et le soir, on s'éclairait avec des lumières, on appelait ça des lampes à l'huile, et il y avait aussi le fanal qui marchait à l'huile et comme dans le bon vieux temps, les bonnes chandelles que les grands-mères faisaient fondre sur le poêle à bois…

Quand j'avais 15 ans
par Ling Chu Wang

Quand j'avais 15 ans, j'habitais un petit village de Taiwan, il n'y avait pas beaucoup d'autos ni de manufactures et l'air était très frais, l'endroit où je vivais était très beau et plein de nature et très agréable pour la vie.

Quand j'avais 15 ans, il n'y avait pas d'ordinateurs ni de métro. Maintenant c'est plus facile pour les gens, on travaille facilement et plus vite. Alors qu'avant on dépensait beaucoup de temps et d'efforts.

C'était le beau temps
par Suzanne Paquin

Dans l'ancien temps, pour moi, c'était le beau temps. Pour moi, le manger était meilleur. Le goût des aliments comme la viande, les fruits, les légumes, le lait, les bonnes tartes de chez-nous, etc.

Dans le temps, l'air était plus pur, le gazon plus vert, le soleil était mieux pour la santé. L'hiver, c'était l'hiver. Les saisons, c'étaient les saisons.

Dans le temps, le monde était moins stressé, il y avait moins de dépressions, moins de maladies.

Il y avait plus d'amour pur. Les gens souriaient plus. Les gens travaillaient plus ensemble.

Pour moi, il y avait plus d'harmonie, c'était le beau temps…

Histoire vraie
par Pauline Circé

Si j'ai décidé d'écrire ce texte c'est que pour moi ce fut une grande joie. Voilà, il y a quelques jours, la plus vieille de mes filles a rencontré par hasard une personne que nous avions perdue de vue depuis au moins 30 ans. Celle-ci l'a reconnue tout de suite et lui a dit qu'elle serait bien contente si elle voulait remettre son numéro de téléphone à ses deux sœurs et leur dire qu'elle aimerait beaucoup les revoir. Ce qui fut fait.

Le dimanche, elles se sont rencontrées dans un restaurant du Plateau quand soudain, elle a sorti des photos de 30 ans en arrière. Ma fille est restée bouche bée, elle se demandait pourquoi elle avait gardé si longtemps ces photos, mais n'a pas osé lui demander. Et comme si celle-ci avait compris, elle lui a dit : « Tu sais, c'est mon plus beau souvenir d'enfance. Je me rappelle quand j'allais chez toi et que ta mère me donnait à manger. Comme si elle avait compris ce que je vivais. Oui vraiment, c'est mon plus beau souvenir. »

En ce qui me concerne, quand je la verrai je lui dirai merci, car pour moi c'est la plus belle récompense. De savoir que quelque part, quelqu'un se souvient de nous, qu'un tout petit geste fait sans même y penser est resté gravé dans la mémoire d'une enfant est une grande joie et une preuve incontestable que l'amour est plus fort que la haine.

Je crois que nous passons une seule fois sur cette terre et que les traces que nous y laissons sont la plus grande preuve de l'évolution. Grandir, aimer, évoluer sont les seules raisons d'être, le reste n'est que foutaise.


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