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Réflexion et enjeux

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Chapitre 1 : Synthèse des résultats

Cette enquête, autant par ses ateliers de discussion que par le questionnaire, a permis de cerner toute l’avancée réalisée par les groupes communautaires entre 1996 et aujourd’hui. Les groupes s’engagent, de façon diversifiée et dans la mesure de leurs moyens, dans les technologies de l’information et de la communication ainsi que sur les inforoutes. Toutefois, force est de constater que des constantes demeurent dans les préoccupations et dans les enjeux identifiés en 1996 et que les groupes ont besoin d’être soutenus dans cet immense chantier qu’ils ont entrepris d’investir.

Lutter contre l’exclusion et combler le « fossé numérique »

Face aux technologies de l’information et de la communication, les groupes rencontrés lors des ateliers ont souligné qu’ils souhaitent d’abord les utiliser afin d’améliorer globalement leur action. Ensuite, ils désirent les intégrer afin d’améliorer leur travail quotidien. Et surtout, ils veulent les mettre à contribution dans leur lutte contre l’exclusion en permettant aux membres ou aux personnes qui fréquentent l’organisme de bénéficier, elles aussi, du potentiel offert par les TIC.

Une stratégie d’accès aux inforoutes devrait s’appuyer sur cette forte volonté et soutenir les groupes communautaires afin qu’ils puissent jouer un rôle de premier plan dans l’accès et l’initiation des populations les plus démunies aux technologies de l’information et de la communication.

Des risques de « fracture numérique » entre les secteurs et les régions

Les participants et les participantes aux ateliers craignent qu’un fossé se creuse entre eux et sépare les groupes biens nantis de ceux qui ne le sont pas. En effet, l’apparition de fissures importantes entre les différents secteurs d’intervention et entre les régions, comme les résultats de l’enquête le révèlent, indique que ces appréhensions pourraient s’avérer fondées. Si l’on considère la quantité d’ordinateurs performants de dernière génération et les ratios de personnes employées par ordinateur récent, dans les secteurs où on compte plus de 10 répondants, les groupes répondants des secteurs «loisirs, femmes, santé et services sociaux, personnes handicapées» apparaissent moins bien nantis comparativement aux répondants des secteurs du « développement économique, de l’insertion professionnelle et du développement communautaire». Parmi les régions comptant plus de 20 répondants, ceux de l’Abitibi-Témiscamingue, de la Montérégie et du Saguenay / Lac St-Jean semblent, quant à eux, moins bien pourvus que ceux des régions de Québec et de Montréal.

Une réalité informatique et télématique aux multiples visages

Bien que 94 % des groupes répondants possèdent un ou plusieurs ordinateurs, leur réalité informatique et télématique revêt plusieurs visages : certains ne disposent que d’un seul ordinateur partagé par plusieurs personnes (de 3 à 5 employéEs au sein de nombreux secteurs); chez d’autres, plusieurs modèles d’ordinateurs de toutes générations dotés de systèmes d’exploitation distincts cohabitent les uns avec les autres ; ailleurs, les MacIntosh cohabitent avec des compatibles IBM ; d’autres ont relié leurs ordinateurs en réseau local et découvrent la « culture réseau » avec ses impératifs ; chez d’autres encore, un seul ordinateur est relié à Internet et l’on doit s’y rendre armé de patience et de disquettes pour effectuer ses recherches ou recevoir et envoyer du courrier électronique.

Ainsi, 55 % des répondants disposent de parcs informatiques mixtes composés soit d’ordinateurs de différentes générations ou soit d’une combinaison de IBM et de MacIntosh. De plus, 15 % des groupes participants ne possèdent qu’un seul ordinateur de type Pentium ce qui indiquerait une informatisation récente. Les secteurs « femmes, défense des droits et famille » sont davantage représentés dans ce sous-groupe. L’examen du parc informatique global révèle qu’un peu plus de la moitié des ordinateurs qui le composent sont des 286, 386, 486, Classic, LC, Quadra ou Power Mac. Par ailleurs, 47 % des répondants ne disposent que d’une ou deux lignes de téléphone. Dans ce contexte, l’intégration d’Internet ou le développement d’un point d’accès suppose des investissements pour l’ajout d’une ligne téléphonique ou son partage avec le télécopieur. Ces données illustrent les défis relevés par les groupes ainsi que les conditions diversifiées dans lesquelles se réalise l’intégration des technologies de l’information et de la communication.

Les résultats de l’enquête indiquent que 57% des répondants possèdent une adresse de courrier électronique et 24%, un site Web comparativement à 13% des répondants de l’enquête de 1996. Bien que la majorité des répondants accèdent à Internet à partir de leur bureau, on note que 6% d’entre eux identifie leur domicile comme principal lieu d’accès. L’appropriation de la télématique par les groupes se modulent ainsi à des rythmes et degrés très variés : pour certains, l’informatique et la télématique sont arrivées simultanément, tout récemment, dans leur quotidien ; chez d’autres, ils en sont à considérer le développement d’un site Internet ; d’autres multiplient les échanges par courriel et sont des familiers du télétravail ; d’autres encore explorent différentes façons d’intégrer Internet à leurs activités et services ; certains envisagent même la création d’extranets. Devant cette diversité, les regroupements provinciaux ou régionaux doivent, eux aussi, composer avec toutes ces réalités et utiliser toute la palette des moyens de communication (courriel, télécopie et poste traditionnelle) pour informer leurs membres différemment pourvus. Ces écarts sont majeurs ; ils couvrent un large spectre d’expériences et de réalités très différentes les unes des autres.

Les groupes répondants sont soucieux face à la forte surenchère technologique et ils souhaiteraient la ralentir. Ayant bien souvent des ressources financières limitées, ils voudraient que le milieu se sensibilise aux choix technologiques qui contribuent à cet engrenage et qu’il agisse en se dotant d’outils collectifs tels les groupes d’achat d’équipements, le partage de ressources pour l’entretien, le soutien aux ressources vouées à la recherche et au développement de solutions techniques peu coûteuses adaptées aux besoins des groupes et le développement de sites qui n’exigent pas d’utiliser les dernières versions gourmandes des logiciels.

Accélération du temps et stress organisationnel

Les groupes qui ont participé aux différents ateliers ont largement abordé les thèmes de la vitesse et du temps. En effet, en cette ère dite des télécommunications, une réalité s’impose de plus en plus, soit que « tout va bien plus vite ». Les groupes communautaires n'échappent pas à cette réalité et estiment qu'ils sont eux aussi aspirés dans cette spirale incessante où le temps nécessaire à l'accomplissement des tâches à réaliser n'est plus disponible. Bien qu'ils soient généralement en mesure d'identifier différents facteurs également responsables de l'accélération de la vie et de leur rythme de travail, nombreux sont ceux et celles qui attribuent à l'informatique et à la télématique une responsabilité importante quant à la vitesse effrénée qui semble désormais s’imposer en standard de travail. Cette préoccupation ne date pas d’aujourd’hui. Les participants aux ateliers de «l’étude de 96» en faisaient mention.

Les intervenants et les intervenantes des groupes sont aussi préoccupés par la surabondance d’information et sa fiabilité, par le manque de temps pour la réflexion et l’analyse, par l’augmentation constante des exigences de qualité, par les modifications profondes de l’organisation du travail engendrées par l’informatique et la télématique, par la nécessité accrue d’être en formation constante dans de multiples champs dont l’informatique et Internet.

Les groupes communautaires ou populaires sont soumis à plusieurs facteurs de stress dans la gestion des changements introduits par l’informatique et la télématique au sein de leur organisation : rareté des ressources financières, modifications de l’organisation du travail, gestion de l’information, planification du développement informatique, etc. La plupart des groupes ne se sentent pas en pleine maîtrise de leur développement informatique.

Il n’est donc pas surprenant de constater que, pour la majorité des groupes répondants, les trois principaux freins à une bonne intégration de l’informatique et de la télématique dans leur travail sont, dans l’ordre, le manque de ressources financières, le manque de temps et le manque de formation.

La formation : un ingrédient essentiel à l’appropriation

Il semble aller de soi qu'au sein d'un même groupe, toutes les personnes ne présentent pas la même expertise en ce qui concerne les outils informatiques. Les plus habiles sont vite considérés comme des « experts maison », des personnes-ressources vers lesquelles se tourner lors de problèmes techniques et logiciels. Ces utilisatrices et utilisateurs chevronnés de l'informatique observent manifestement une complexification au niveau de la gestion de leur travail, puisqu'une partie de leur temps est consacrée à assister leurs collègues dans leurs tâches informatiques. Il devient de plus en plus ardu pour eux de mesurer l'impact de ces sollicitations et souvent, il leur est difficile de les faire reconnaître comme faisant partie de leurs tâches, d'où l'apparition, parfois, de tensions au sein d'une équipe de travail.

De plus, comme nous l’avons mentionné plus tôt, plusieurs groupes considèrent aujourd’hui que les connaissances informatiques comme faisant de plus en plus partie des compétences de base. L’arrivée d’Internet ajoute maintenant son lot de connaissances à acquérir et d’enjeux à maîtriser. De plus, afin de pouvoir intégrer la télématique et l’informatique aux activités et répondre aux besoins des participants et participantes ou afin d’innover en développant de nouvelles applications dans les pratiques quotidiennes, la formation constitue un ingrédient essentiel.

Ainsi, qu’il s’agisse de formation à l’utilisation d’Internet, en bureautique, base de données et même d’informatique de base, la formation figure parmi les conditions identifiées afin d’assurer une intégration réussie. Or, près de la moitié des répondants (47%) considèrent ne pas avoir accès à des ressources de formation.

Informatique et Internet : d’abord des outils ...

Les groupes communautaires semblent considérer que les technologies de l’information et de la communication ne devaient pas être vues comme une fin en soi, et qu'au lieu d'être fascinés par le phénomène informatique dans son ensemble, il est nécessaire pour eux d'en saisir l'utilité afin de tirer le maximum du potentiel offert par les outils informatiques et télématiques.

L'un de ces outils à la fine pointe (et à la mode) aujourd'hui est le réseau Internet. Internet a les défauts de ses qualités : il permet d'agir rapidement sur l'information, mais il contraint en retour à réagir immédiatement aux informations, d'où l'émergence d'aspects positifs comme négatifs liés à sa mise en pratique.

De nombreux groupes profitent pleinement des avantages reliés à l'utilisation d'Internet. L'intérêt d'Internet consiste à permettre un accès à une information abondante et régulièrement mise à jour, ainsi qu'à une interactivité indispensable aux nouveaux modes de travail et de télétravail (envoyer son C .V., trouver une nouvelle, écrire un communiqué et le diffuser via courriel en une seule « session », etc.).

représente un facteur néfaste à la réflexion. Une fois encore, les outils informatiques et télématiques sont perçus comme partiellement responsables d'une course à l'efficacité nuisant à la qualité du travail effectué, aussi bien au niveau personnel (« Je trouve que j'ai moins de temps ») que dans une dimension sociétale plus globale (« On se donne moins de temps, tout va très vite »).

… incontournables tout en restant centré sur les enjeux sociaux et humains

Exprimée parfois de manière très explicite, une préoccupation majeure des groupes communautaires demeure l'impact de l'informatisation des groupes en relation avec la mission qu'ils doivent remplir et les valeurs humaines qu’ils portent. L’informatique et la télématique sont davantage vus comme des outils incontournables dotés d’un grand potentiel qu’il convient, toutefois, de maîtriser et de subordonner à des valeurs humaines de partage et de solidarité.

Plusieurs groupes ressentent une forte pression en faveur de l'informatisation. Cette pression provient en partie de l'extérieur de l'organisme, que ce soit par l'environnement social, les bailleurs de fonds ou la qualité des produits implicitement attendue. Mais des pressions internes aux organismes ou aux équipes de travail sont aussi exercées afin que soit favorisée et accélérée l'informatisation des groupes.

L'informatisation des groupes communautaires permet donc d'ouvrir la réflexion et le débat sur une problématique complexe. Elle les oblige à réfléchir aux enjeux et à l'essence de leur mission, ainsi qu'aux moyens à mettre en place pour intégrer les technologies de l’information et de la communication à leur travail selon leurs valeurs. Plusieurs semblent reconnaître que la maîtrise technologique est une condition importante de succès. Elle leur permettrait d'exercer une certaine liberté face aux choix d'implantation technologique, d’obtenir une certaine indépendance face aux experts, d’acquérir une approche critique du « progrès technique » tel qu'il nous est présenté.

Les échanges en ateliers ont permis de constater à quel point le milieu communautaire est surtout soucieux des questions sociales et des dimensions humaines des technologies. En effet, plusieurs s’objectent à une informatisation à outrance qui ferait perdre de vue les besoins fondamentaux de communication et de rapprochement. D’aucuns craignent que la « technologie éloigne les gens, les uns des autres ». Plusieurs ont souligné qu’Internet s’ajoute aux autres outils de communication qui ne disparaissent pas pour autant. « Mieux vaut être pertinent que de son temps ! », surtout quand travailler ensemble au jour le jour, avec les gens qui nous entourent, est au cœur des activités et de la mission des groupes.

Table des matières
Introduction | Chapitre 2 : En conclusion

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