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Réflexion et enjeux

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Chapitre 3 : Au delà des chiffres, les ateliers de discussion

L’intégration des technologies de l’information et de la communication, des défis, des craintes et des espoirs…

L’informatique et Internet ne laissent personne indifférent, ni dans la population en général ni dans les groupes. Agissant à la fois comme facilitateurs en permettant d’améliorer la qualité du travail et de réduire le temps consacré à certaines tâches, ils sont un vecteur incontournable de cet univers qui se complexifie et qui exige des compétences techniques de plus en plus grandes.

Les différentes expériences vécues par le monde communautaire à chacune des différentes phases du processus d’informatisation, amorcé au milieu des années 1980, sont semblables à celles vécues par toutes les organisations. Elles s’en distinguent toutefois parce que ce changement s’opère dans un contexte de rareté des ressources à y consacrer. Il ne faut alors pas se surprendre qu’elles suscitent toute une gamme d’émotions et génèrent des sentiments diversifiés allant de l’enthousiasme à l’impuissance en passant par le découragement et la révolte.

L’arrivée d’Internet, tout en induisant une nouvelle vague d’informatisation dans les groupes, apportent aussi son lot de potentiels, d’espoirs, de craintes et de défis. Crainte de voir se créer une nouvelle forme d’ « analphabétisme technologique » ou crainte de voir l’exclusion et l’isolement s’aggraver, espoir de créer des lieux de concertation exempts des contraintes de la distance ou enthousiasme devant l’accès plus facile aux informations sont autant de dimensions portées par les groupes. L’ambivalence est constante : on oscille entre les potentiels et les risques, et ce d’autant plus, que cette nouvelle étape s’effectue dans le réalisme et repose sur les acquis tirés des expériences heureuses ou douloureuse des processus d’informatisation passés.

1. Internet et l’informatique : des outils incontournables …

On note une ressemblance frappante entre les enjeux identifiés aujourd’hui par les groupes et ceux nommés hier lors de l’étude de 1996 :

Toutefois, l’expérience vécue avec la télématique et Internet au cours des derniers mois a plutôt renforcé, voire fait franchir un cran de plus à ces convictions. Ainsi, d’incontournable qu’était perçu Internet, la pression s’étant amplifiée, il est presque vu aujourd’hui comme une obligation. « C’est un choix, sans choix ». Indispensable pour faire le travail, ne pas rester en arrière, avoir accès aux informations, Internet est devenu une absolue nécessité pour tout ce qui touche les questions de financement ou pour répondre aux besoins et aux demandes. Tout en étant un « bel outil à notre portée », c’est aussi un nouveau standard social qui s’impose, une contrainte, un passage obligé.

L’intégration de l’informatique et de la télématique par les groupes communautaires est liée aux changements culturels et techniques qui s’opèrent dans la société. L’utilisation d’un ordinateur ou la maîtrise d’un traitement de texte sont devenues des compétences de base que l’on prend souvent pour acquises même au sein des groupes. Certains groupes n’affichent plus leurs postes que sur Internet afin de s’assurer que les postulants possèdent des compétences de base dans l’utilisation d’Internet.

D’abord au service des personnes et de nos valeurs

Face aux défis posés, l’approche est marquée par une attitude pragmatique même si des résistances sont parfois présentes. « Résister aux résistances » et laisser le temps faire son œuvre s’inscrivent à l’ordre du jour si l’on souhaite intégrer les TIC au quotidien. Les maîtres-mots sont pour plusieurs « adaptation et intégration ».

L’ordinateur et Internet sont vus comme des outils qu’il convient d’abord de mettre au service des personnes. Plusieurs croient qu’il faut développer ces nouveaux espaces et utiliser ces outils afin qu’ils soient porteurs des valeurs humaines de solidarité et de partage. « Il faut travailler pour que ça nous ressemble ».

Une nouvelle préoccupation : freiner l’escalade et se doter d’outils plus durables

De nombreux groupes déplorent le caractère quasi éphémère des équipements. Les groupes souhaitent que les investissements consentis en équipements et en formation aient une certaine durée. Ce constat et cette volonté risque de poser un nouveau défi aux groupes : planifier le développement informatique afin de le maîtriser.

On se sent parfois pris de vertige devant cette course folle qui rend les ordinateurs désuets dès qu’ils franchissent la porte de l’organisme. Plusieurs hésitent encore à ouvrir cette boîte de Pandore qui les amènera à consacrer toujours plus de leurs ressources humaines et financières à l’informatisation et à la télématique. Les groupes sont également soucieux de se donner les moyens de freiner l’escalade voulant que l’on acquiert des équipements toujours plus performants qui ne durent pas. Ils souhaitent par exemple, la création de groupes d’achat d’équipements ou de groupes disposant d’une banque d’heures collectives pour l’entretien et le soutien techniques.

Nombreux sont ceux et celles qui souhaitent que le milieu se sensibilise aux impacts des choix techniques qui contribuent à cet engrenage, par exemple, dans le développement d’un site qui exigerait d’utiliser les dernières versions gourmandes des logiciels. Plusieurs pensent qu’il faut développer des attitudes nouvelles, ne pas céder aux effets de mode pour vaincre ces sentiments d’impuissance et de dépendance.

Une nouvelle pression : s’équiper à la maison

Il y a quelques années, l’achat d’équipements ou le branchement Internet à la maison étaient surtout le fait des mordus qui contribuaient ainsi à pallier aux manques de ressources du groupe. Plusieurs personnes ont noté qu’elles sentent de plus en plus de pression à s’équiper à la maison. On transporte le travail à la maison; les transformations du travail s’étendent jusque dans la vie personnelle.

2. Le bouleversement des pratiques

De communication

Les activités de communication sont nombreuses et diversifiées : production de matériel promotionnel (dépliant, affiches, publicité, etc.), diffusion de matériel d’information (bulletins de liaison, brochures, communiqués de presse, etc.), communication avec les membres ou les instances, etc. On comprend donc aisément pourquoi le traitement de texte et la mise en page s’avèrent le premier choix quant aux utilisations de l’informatique. Tous les outils de communication cohabitent au sein des groupes. Le téléphone, la poste traditionnelle et le télécopieur demeurent les plus prisés. Entre 1996 et 1999, on note une progression du nombre de télécopieurs ; 88 % des répondants disposent d’un télécopieur comparativement à 80 % en 1996. Toutefois, il faut noter que 3 % des répondants affirment ne pas avoir le téléphone.

L’utilisation du courrier électronique progresse au rythme de branchement des groupes. Comme tous les groupes ne sont pas branchés, les moyens traditionnels sont privilégiés. En ce qui concerne les groupes qui disposent d’un site, le courriel pose de nouveaux défis tel la gestion de l’augmentation des demandes d’information. Cette tâche s’ajoute aux tâches de communication existantes sans avoir nécessairement fait l’objet de nouvelles définitions de tâches.

De formation

De plus en plus de groupes intègrent des activités d’initiation à l’informatique et de familiarisation à Internet à leurs activités régulières. Qu’il s’agisse de groupes d’alphabétisation, de groupes travaillant avec les jeunes, de groupes offrant des services d’employabilité ou autres, on constate qu’ils sont de plus en plus nombreux à vouloir développer des points d’accès, des activités d’initiation et de formation ou des démarches pour intégrer harmonieusement les TIC aux activités. Une vague de fond importante. Plusieurs participants et participantes ont d’ailleurs souligné que les membres et les personnes qui fréquentent les groupes demandent de plus en plus aux organismes de développer des activités en ce sens.

De l’organisation du travail

L’arrivée d’un ordinateur s’avère souvent une expérience positive qui permet un partage de connaissances et un échange de savoirs entre les membres d’une équipe de travail. On est emballé par le temps libéré face à certaines tâches fastidieuses, par l’amélioration de la qualité des productions ou par l’efficacité accrue. On déchante toutefois devant la gestion de l’information, la nécessité d’établir un horaire pour assurer le partage d’un ordinateur entre plusieurs personnes, les pertes de données, les bogues, les problèmes techniques, les virus, le temps à consacrer à un apprentissage constant pour utiliser les outils logiciels de façon adéquate, etc. On questionne fortement cette accélération du tempo qui demande à tous et à toutes d’en faire plus, toujours plus vite.

Avec les bailleurs de fonds ou avec les médias

Les groupes branchés vont souvent chercher de l’information sur les programmes gouvernementaux sur Internet ; ils apprécient y trouver les formulaires. Toutefois, quand il s’agit de transmettre les rapports ou les demandes de financement, ceux-ci préfèrent les transmettre par la poste. Comme pour les bailleurs de fonds, de nombreux groupes branchés utilisent Internet pour cueillir l’information. Toutefois, l’envoi de communiqués de presse se fait par télécopieur.

3. Une réalité informatique et télématique aux multiples visages

Les groupes craignent finalement que ne se creuse entre eux un fossé entre les groupes bien nantis et ceux qui ne le sont pas. Devant la rareté des ressources financières, certains font appel à la générosité de donateurs d’équipements usagers ce qui leur apportent souvent un nouveau lot de difficultés tant au niveau du branchement à Internet, de l’entretien, de la mise en réseau ou de l’utilisation quotidienne. On retrouve ainsi chez plusieurs des parcs informatiques où cohabitent des appareils de toutes générations (allant du Pentium au 286 ou du IMac au Mac Classic) ce qui génère moultes complications techniques, problèmes de compatibilité et tracasseries quotidiennes.

Des opportunités

Les participants et participantes aux ateliers de discussion ont identifié plusieurs opportunités offertes par l’introduction des TIC : possibilité d’entretenir des communications plus soutenues avec les membres ; information gouvernementale et programmes de subvention accessibles rapidement ; possibilité de réaliser des économies d’échelle (frais de déplacement, frais d’envoi, frais d’interurbain) ; possibilité de concertation accrue avec les autres groupes communautaires ; meilleure liaison avec les différents regroupements ; partage des ressources et des informations. Pour les membres et les personnes qui fréquentent les groupes, on croit qu’ils acquièrent une meilleure confiance en eux, en leurs capacités et qu’ils développent de nouvelles compétences.

Des défis

L’intégration des nouvelles technologies représente également de nombreux défis à relever : gestion de changements organisationnels et intégration de nouvelles tâches à un horaire surchargé ; temps et ressources à consacrer à la formation ; ressources financières supplémentaires à prévoir pour les achats d’équipements et les frais de branchement, pour faire appel à des ressources techniques externes, pour assurer l’entretien des équipements ; nécessité de se doter d’un plan de développement informatique et télématique ; gestion des données confidentielles; nécessité d’allier les TIC à la mission de l’organisme ; risque de faire partie des groupes infopauvres ; organisation et gestion de l’information (risque d’accumulation d’informations périmées) ; perte de contacts humains et risque d’isolement ; fiabilité et validité de l’information difficile à évaluer ; communications accrues ; accélération du temps et diminution du délai de réponse. Pour les membres et les personnes qui fréquentent les groupes, les défis identifiés concernaient la perte de contacts humains et les risques d’isolement et d’exclusion ; le besoin de formation, d’initiation et familiarisation.

Quelques éléments d’histoire : une informatisation en plusieurs vagues

L’informatisation des groupes s’est faite par différentes vagues successives dans le milieu communautaire souvent au gré des différents programmes qui soutenaient ou non l’acquisition d’équipements et la formation des équipes. Une de ces premières vagues s’est manifestée au milieu des années 80 avec les programmes de développement de l’employabilité (PDE) du gouvernement fédéral qui ont permis l’entrée en informatique de bon nombre de groupes notamment les groupes de femmes et les groupes de défense.

En effet, un enquête menée en 1985 auprès de groupes populaires et syndicaux indique que 12 % des répondants possèdent des équipements informatiques. Trois ans plus tard, une enquête menée auprès des groupes de femmes montrent que 80 groupes sur 140 (57%) ont reçu une formation en informatique et une minorité des répondantes (9/140) utilise même le courrier électronique. Un an plus tard, une autre enquête révèle que seulement 40% des groupes de femmes ne possèdent toujours pas d’équipements informatiques .

Une vague plus récente aurait permis aux organismes œuvrant dans les secteurs de l’emploi et du développement économique communautaire de s’équiper. Cependant, par le passé, ces vagues successives n’ont pas toutes été suivies ou accompagnées de programmes permettant le renouvellement des équipements. Ce facteur explique en grande partie la très grande disparité des équipements présents dans les groupes communautaires. Déjà en 1996, compte tenu des exigences logicielles croissantes et au vu de la situation des équipements, on notait « que selon l’endroit où l’on trace la ligne de démarcation, une portion plus ou moins grande d’équipements serait inadéquate et devrait être renouvelée. On [pouvait déjà] y voir un indice des investissements exigés, autant au niveau de la quincaillerie que de la formation ».

Table des matières
Chapitre 2 | Chapitre 4 : Portrait du parc informatique

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