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Réflexion et enjeux

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Introduction

L'ordinateur fait aujourd'hui partie quasi intégrante du monde du travail et ce, même pour ceux dont l'activité revêt davantage un caractère social. Tablant sur l'ordinateur comme outil de communication et sur la création d'espaces reflétant son originalité, ses valeurs et ses aspirations, le milieu communautaire québécois vit lui aussi à l'ère Internet.

Entre 1996 et 1999, l’appropriation de la télématique par les groupes communautaires du Québec s’est opérée à un rythme accéléré : des projets se sont déployés dans plusieurs réseaux ; de nouveaux groupes communautaires sont nés avec pour mission spécifique l’appropriation sociale et démocratique des TIC; des regroupements provinciaux et de nombreux groupes de base ont investi les inforoutes. Les groupes se sont engagés, ils se sont formés, ils tentent d’intégrer Internet à leur travail quotidien, ils développent des projets, ils s’interrogent et réfléchissent sur la façon de lier ces nouveaux développements à leur mission et à leurs services tout en leur gardant une dimension humaine.

Lors de l’étude de besoin de 1996, peu de groupes avaient expérimenté Internet, utilisé le courriel ou navigué sur le Web. Pour la plupart, leur contact s’était souvent limité à l’univers mythique alors présenté par les médias. À l’époque, pour tenir compte de cette réalité, nous avions organisé des ateliers de familiarisation avant les ateliers de discussion afin d’initier les participants et les participantes aux différentes ressources disponibles sur Internet. Le questionnaire d’alors, en plus d’investiguer la question des équipements, reposait sur des mises en situation pour explorer les utilisations potentielles.

Depuis ce temps, Internet a effectué une percée fulgurante dans l’ensemble de la société. Il devient partie prenante de notre quotidien. Pas une journée ne se passe sans qu’on mentionne une adresse de courriel ou de site à la radio ou à la télévision. Des chroniques régulières dans les journaux, à la radio ou à la télévision traitent des technologies sous différentes dimensions: sociale, technique, pratique, etc. Les virus et les cyberpirates font la une; le commerce électronique ou la protection des renseignements personnels défraient régulièrement la manchette.

L’intervention des divers paliers de gouvernements s’est, elle aussi, accentuée, et ce, sur plusieurs plans. Le gouvernement du Québec a adopté, en avril 1998, une politique où sont définies une série de mesures quant au déploiement de l’autoroute de l’information et quant à la création de l’État-réseau. Il a doté le Fonds de l’autoroute de l’information de plusieurs dizaines de millions pour soutenir le développement de projets liés aux grands axes de la Politique. Le Fonds de l’autoroute a d’ailleurs soutenu en 1997 et 1998, quelques projets issus du monde communautaire. Récemment, le gouvernement du Québec a aussi mis sur pied un programme visant à brancher les maisons de jeunes, il a soutenu le branchement des familles bénéficiant des allocations familiales, il a développé une pléthore de mesures pour stimuler le commerce électronique, il a encouragé l’accès via les bibliothèques publiques et les écoles, il a soutenu un projet pilote d’attribution d’adresses de courrier électronique à la population des quartiers Hochelaga-Maisonneuve et Centre-Sud à Montréal ainsi qu’à Baie Comeau. Plusieurs groupes communautaires ont d’ailleurs été impliqués dans ce projet. Certains ministères participent aussi, à des hauteurs et à des degrés très divers, à l’informatisation ou à l’entrée des groupes sur les inforoutes. À cet égard, mentionnons l’apport certain du Fonds de lutte contre la pauvreté par la réinsertion au travail qui a contribué, via les projets qu’il soutient, à l’acquisition ou au renouvellement d’équipements dans plusieurs groupes communautaires au cours des dernières années de même qu’à la mise sur pied de points d’accès et à l’intégration d’activités d’initiation de la population au sein d’une cinquantaine de groupes communautaires dans sept régions du Québec.

Le gouvernement fédéral a affirmé sa volonté de faire du Canada le pays le plus branché au monde. En plus de ses autres axes d’intervention visant le commerce électronique et les entreprises, il a multiplié les programmes s’adressant spécifiquement aux organismes à buts non lucratifs ou bénévoles ainsi qu’aux collectivités. À titre d’exemples, mentionnons le programme Volnet qui vise à fournir équipement, branchement et formation à des milliers d’organismes à buts non lucratifs, le programme d’accès communautaire qui soutient la création de réseaux de centres d’accès communautaires en milieu rural ou urbain et, les programmes du Bureau des technologies d’apprentissage qui encourage les projets de recherche et de développement de réseaux d’apprentissage.

Parallèlement, les enquêtes et les sondages se sont multipliés : ménages, petites et moyennes entreprises, très petites entreprises ont été auscultés. Le monde communautaire ne pouvait demeurer en marge ou sur l’accotement, pourrions-nous dire, et ce, d’autant plus que l’informatisation des groupes a très nettement progressé au cours de ces trois années de même que l’utilisation de la télématique à des fins sociales.

Composante essentielle de la société, ce mouvement vaste et diversifié compte plusieurs milliers de groupes répartis sur l’ensemble du territoire québécois. Les groupes communautaires et populaires contribuent au développement économique, social et démocratique tant au niveau local que régional. Ils peuvent jouer un rôle crucial, non seulement dans le déploiement de l’inforoute québécoise dans une perspective citoyenne, mais aussi dans l’accès aux technologies de l’information et de la communication par les populations les plus démunies. Engagés dans la lutte contre toutes les formes d’exclusion et travaillant quotidiennement avec les populations démunies ne disposant pas des moyens d’accéder aux inforoutes, ils peuvent et veulent contribuer à combler le fossé qui risque de se creuser entre les infopauvres et les inforiches.

Notre enquête s’inscrit dans ce contexte. Nos objectifs de départ visaient à évaluer le degré d’informatisation des groupes de deux ou trois secteurs d’intervention, à mesurer l’intégration de pratiques en télématique dans quelques-uns des réseaux où des projets communautaires se sont déployés, à identifier les conditions à mettre en place pour assurer une appropriation réussie, à connaître les expériences qui suscitent l’enthousiasme ou celles qui entraînent des déceptions, à identifier les stratégies d’utilisation et finalement, à cerner les impacts des TIC sur l’organisation du travail et l’action des groupes.

De relativement modestes, nos objectifs sont devenus plus importants devant la réponse des groupes. Ainsi, plus de 3 000 questionnaires ont été diffusés dans différents réseaux ; plus de 450 groupes ont répondu à l’appel lancé ; des ateliers de discussion ont été tenus à Montréal, Québec et Trois-Rivières. Des groupes de base de presque toutes les régions du Québec et de la quasi-totalité des divers secteurs d’intervention se sont faits entendre et sont représentés par ces résultats. Les regroupements provinciaux, sectoriels ou régionaux ont aussi exprimé leurs besoins, leurs expériences et leurs préoccupations. De ce seul point de vue, cette enquête est unique. Elle témoigne en outre de l’importance que les groupes communautaires accordent aujourd’hui à l’appropriation des TIC. A cela s’ajoute, la richesse des réflexions, des échanges et des discussions tenus lors des ateliers.

Toutefois, nous devons souligner la faible participation des groupes des régions des Laurentides, de Lanaudière, de l’Outaouais et du Nord du Québec. Est-ce le résultat de nos modes de diffusion ? Est-ce le reflet de réalités spécifiques, de besoins particuliers en matière d’équipements, d’un intérêt moins marqué pour les technologies, du nombre de groupes présents dans ces régions ou de leur dispersion ou des réseaux auxquels ils appartiennent ? Ces questions méritent d’être creusées et une attention particulière devrait être portée à ces régions dans les suites de la présente enquête.

Par ailleurs, nous souhaitions rejoindre les groupes non informatisés et ils furent peu nombreux à nous répondre. Est-ce là le simple reflet de la réalité actuelle ? Cette question demeure en suspens. Et pourtant, nous savons qu’il en existe encore un nombre certain. Les différents projets que nous menons indiquent que les besoins en équipements sont encore très présents dans certaines régions du Québec. La réponse sans équivoque des groupes aux huit organismes d’exécution oeuvrant au Québec dans le cadre du programme Volnet illustre en partie cette réalité. D’autre part, nos résultats indiquent que plusieurs groupes ne disposent que d’un seul ordinateur, un Pentium en l’occurrence, ce qui tendrait à indiquer une informatisation assez récente.

Par ailleurs, nous devons souligner la force et l’ampleur de la volonté exprimée par les groupes à développer des points d’accès à Internet pour les personnes qui fréquentent leur organisme (62% des répondants). Ce résultat démontre à lui seul que les groupes sont profondément préoccupés par les risques de voir exclus les gens avec qui ils travaillent et qu’ils sont prêts à s’engager activement à combler la fracture numérique.

Nous souhaitons maintenant que les résultats de cette enquête servent à stimuler la discussion au sein des groupes communautaires, à faire connaître les défis relevés par les groupes et leurs préoccupations, à engager des échanges sur les perspectives de développement et sur les conditions à mettre en place, à animer le débat sur les utilisations solidaires, à engager la discussion sur les enjeux citoyens avec les membres et les gens qui fréquentent l’organisme, à alimenter la réflexion collective et à développer des perspectives d’action quant à la maîtrise sociale et démocratique des TIC par tous et toutes.

Table de matières
Préface | Chapitre 1 : Synthèse des résultats

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