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Réflexion et enjeux

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Développer les outils de la citoyenneté

Pour promouvoir une culture de la citoyenneté : l'école et les médias.

Dans nos sociétés bureaucratisées et centrées sur des rapports marchands, le citoyen a cédé la place au consommateur, à l'électeur, au bénéficiaire, au client, à l'assisté: il est isolé et mis trop souvent en situation de dépendance ou de concurrence. Les liens sociaux ont donc tendance à s'effriter et les individus se sentent en conséquence impuissants. Il devient donc nécessaire de réhabiliter la citoyenne et le citoyen et leur offrir les outils leur permettant d'avoir une prise sur la réalité et de renouer les liens avec leurs semblables. Le système éducatif et les médias constituent à cet égard des outils sociaux décisifs pour informer et former des individus en tant que citoyennes et citoyens libres, conscients de leurs droits et responsabilités et convaincus de l'impératif de la solidarité.

La mission de l'école

L'école doit correspondre au type de société démocratique auquel nous aspirons en favorisant l'égalité des chances, une formation accomplie pour le plus grand nombre et l'intégration sociale. Il lui incombe aussi de transmettre les savoirs appropriés relatifs aux exigences de la vie en société: la responsabilisation, la connaissance des institutions démocratiques, de l'histoire et de la langue communes, ainsi que les conditions d'une démocratie pluraliste et ouverte.

Face aux nouvelles exigences démocratiques et aux nombreux défis posés par les mutations économiques, technologiques et scientifiques, le système d'enseignement dans son ensemble est en quelque sorte à repenser. Les États généraux promis, par le nouveau gouvernement du Québec, devront permettre de tenir ce débat large sur la mission sociale du système d'éducation. Ils devront, en outre, accorder une place importante aux étudiantes et étudiants jeunes et adultes.

Le rôle des médias

L'implication et la participation des citoyennes et citoyens aux débats et aux décisions publiques dépendent aussi très largement de la qualité de l'information diffusée par les médias. La démocratie est actuellement passablement malmenée par les médias qui nous imposent trop souvent leur langage, leurs valeurs, leurs grilles d'analyse et qui n'accordent de crédibilité qu'aux dirigeants et aux experts. Les médias sont devenus un pouvoir en soi et ils agissent de moins en moins à titre d'intermédiaire entre les pouvoirs et les citoyennes et citoyens. En général, ils ne sont plus de réels outils permettant l'expression des divers points de vue et pouvant favoriser en conséquence la communication sociale. Cette situation contribue certainement à l'effritement des liens sociaux.

Les médias doivent reprendre contact avec les diverses réalités et contribuer à redonner aux citoyens le goût d'agir et de s'impliquer. Les organismes, qui sont au coeur des enjeux sociaux, souhaitent, pour leur part, établir des ponts plus étroits avec les journalistes et les médias. Pour ce faire, les médias pourraient ouvrir leurs portes à la participation des usagers en créant, notamment, des comités consultatifs sur certaines thématiques. Il y a lieu aussi de favoriser la mise sur pied et le financement de groupes d'usagers et de vigilance sur les médias.

La vie associative: pour une citoyenneté incarnée

Nous entretenons un grand espoir dans l'avenir démocratique de notre société quand nous prenons en compte le nombre considérable d'organismes populaires et communautaires implantés dans les quartiers et les régions du Québec. On en dénombre présentement pas loin de cinq mille. Ces groupes interviennent de plus en plus dans le domaine de la création d'emplois et du développement économique. La lutte contre toutes formes d'exclusion y est singulièrement active, entre autres celles qui procèdent de l'analphabétisme et de la situation des sans- abri ou des sans-emploi. Les citoyennes et les citoyens trouvent ainsi des moyens et des lieux pour opposer une résistance soutenue face à l'indifférence.

Malheureusement, l'existence de très nombreux groupes est actuellement menacée de disparition, sous couvert de la lutte au déficit fédéral. Nos élites dirigeantes, qui se disent attachées aux valeurs démocratiques, devront reconnaître de façon tangible l'importance politique de ces groupes et associations. La force que représente la vie associative doit être amplifiée.

Revitaliser les institutions politiques

Le désenchantement à l'égard de la politique a par contre pris des dimensions alarmantes. Il se manifeste de diverses façons: par un sentiment d'impuissance face à «la tyrannie des experts et des technocrates»; par une perte de crédibilité et de confiance face au manque d'imputabilité des élus et au non respect de leurs engagements électoraux. La démocratie représentative tend à devenir une coquille vide tant les politiciens s'éloignent des citoyennes et des citoyens, et ne savent plus traduire leurs aspirations.

Les principaux centres de pouvoir se sont déplacés sur le terrain de l'économie et concentrés entre les mains de grandes institutions politico-financières internationales, telle la Banque mondiale. Cette situation n'est pas sans accentuer le sentiment d'impuissance des citoyens. Ce processus d'internationalisation et de centralisation est cependant à l'origine de nombreux dérapages car il s'est avéré inefficace à relancer la croissance économique et l'emploi. On assiste donc, actuellement, à des tentatives visant à transférer aux niveaux local et régional les pouvoirs qu'ils sont mieux en mesure d'assumer.

Ce mouvement de mondialisation et cette dynamique de décentralisation constituent en quelque sorte les nouveaux espaces de participation. La régionalisation annoncée représente, en effet, une bonne occasion pour les organismes sociaux et les citoyens de réinvestir le champ de la politique. S'il faut prendre appui sur les lieux de pouvoir les plus rapprochés, nous convenons aussi de la nécessité de renforcer les réseaux internationaux de solidarités afin d'être en mesure d'influencer l'opinion publique internationale et de pouvoir peser conséquemment sur ce pôle de décision.

Cela dit, l'État national demeurera un lieu important de décision. Il lui faudra toutefois reconquérir ses pouvoirs lui permettant de jouer plus efficacement son rôle de régulateur des rapports sociaux, de réduction des inégalités ainsi que de mise en oeuvre de politiques visant à favoriser la création d'emplois. Assurer le bien-être de toutes les citoyennes et citoyens, et leur garantir une possibilité réelle de participer à la vie culturelle, sociale et politique nous apparaît devoir être la mission principale de l'État.

La volonté exprimée par les 400 participantes et participants au colloque Droit de cité, de s'impliquer davantage dans les débats et d'investir les divers lieux de pouvoir semble, à court terme, devoir emprunter trois voies principales: la mobilisation autour de la réforme Axworthy, la participation au débat référendaire et l'implication dans le processus de régionalisation. Ce colloque constitue en quelque sorte une étape importante dans le processus de recomposition des alliances et des solidarités, qui se manifeste actuellement dans les régions et les quartiers, autour de la lutte au déficit démocratique et à l'exclusion. Nous croyons qu'il émergera de ce mouvement une véritable alternative au néo-libéralisme.

Ont signé pour le comité organisateur et le comité synthèse du colloque :

Table des matières
Renouveller la citoyenneté : un défi démocratique et solidaire

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