
Vous êtes ici : Accueil » Réflexion et enjeux » Internet citoyen et démocratie » L'Inforoute québécoise » 3. L'éducation et l'appropriation sociale pour maîtriser l'avenir
Les déséquilibres originant de la disparité de moyens sont souvent aggravés par le manque de formation et de préparation permettant aux personnes et aux groupes de sélectionner dans cette mer d'informations celles correspondant à leurs besoins, de les ordonner, de les traiter, de les gérer et de les utiliser. L'éducation pour une réelle appropriation technologique constitue donc une des premières priorités.
Le principal défi pour l'éducation ne consiste pas surtout à apprendre à utiliser les logiciels ou à comprendre le fonctionnement d'un réseau ou d'un micro-ordinateur, pas plus qu'il est utile d'apprendre la mécanique pour conduire une auto. La convivialité des interfaces permet d'ailleurs aux individus d'apprendre à utiliser un logiciel de navigation en quelques heures seulement. Le véritable défi pour l'éducation consiste à «fournir des cartes du monde et la boussole pour se diriger dans ce vaste univers»1 . Le renouvellement rapide des connaissances et la capacité des ordinateurs de les stoker, de les traiter et de les mettre à jour oblige le milieu de l'éducation à centrer désormais son approche, non pas sur la transmission des savoirs, mais davantage sur l'apprentissage de compétences fondamentales: apprendre à apprendre, à analyser, à traiter l'information et à porter des jugements critiques, et apprendre aussi à développer sa créativité.
Il s'agit «de transmettre massivement et efficacement de plus en plus de savoirs et de savoir-faire évolutifs adaptés à la civilisation cognitive parce qu'ils sont les fondements des compétences de demain. Simultanément, il lui faut trouver et marquer les repères qui permettent de ne pas se laisser submerger par les flux d'informations plus ou moins éphémères qui envahissent les espaces privés ou publics et de garder le cap pour les projets de développement tant individuels que collectifs»2 .
L'expérience de navigation à travers les sites hypertextuels présents sur le World Wide Web ressemble à l'expérience télévisuelle. On fouine, ou furète, on vogue à la surface des choses. Bien sûr, il y a de nombreuses pages ou sites qui ne valent par la peine qu'on s'y arrête. Mais il y en a d'autres qui exigent qu'on prenne du temps, qu'on réfléchisse, qu'on les associe à d'autres lectures, qu'on les jauge, qu'on interroge la fiabilité des informations qu'on y trouve, qu'on les compare à d'autres. Comme pour la télévision, il faut apprendre à aller au-delà des images, à décoder les émotions avec lesquelles elle nous parle; il faut savoir comment est choisie, organisée et classée l'information; il faut pouvoir dépasser le fractionnement et le morcellement des informations; il faut établir des liens dans un univers discontinu.
C'est pourquoi l'éducation aux médias, et non par les médias, s'applique à l'inforoute et aux nouvelles technologies. Cependant, celle-ci doit postuler une formation visant le développement d'une culture scientifique et technologique pour les citoyens, techniciens et non-techniciens, puissent maîtriser le développement de ces outils, qu'ils puissent «intégrer les informations à tous les moments de l'existence et sur tous les plans de la connaissance pour donner sens à la vie, aussi bien personnelle que professionnelle.»3
L'apprentissage tout au long de la vie s'inscrit de plus en plus comme une réalité incontournable. Les personnes doivent renouveler sans cesse leurs connaissances, mettre à jour leurs compétences, se recycler, acquérir de nouveaux savoirs et s'adapter à des réalités de plus en plus mouvantes. Et il n'y a pas que les jeunes qui sont au coeur de la tourmente. Rappelons que 70% de la main-d'oeuvre de demain a déjà quitté les bancs d'école, qu'il faut deux décennies pour que les améliorations apportées à la formation initiale se traduisent par une augmentation de la qualification de la main-d'oeuvre, que l'analphabétisme demeure une préoccupation majeure, que 44% de la population ne possède pas de diplôme d'études secondaire. C'est pourquoi, l'Institut croit qu'il faut prendre le virage de la formation continue en même temps que le virage technologique, qu'il faut augmenter les compétences techniques et scientifiques de l'ensemble de la population, qu'il doit avoir une multiplication des lieux d'appropriation et de réflexion sur l'impact des nouvelles technologies sur la vie en société.
On ne peut en outre dissocier l'éducation des adultes des questions liées à la formation de la main-d'oeuvre. La formation continue nécessite également de doter les adultes d'une formation de base solide, souple et adaptable les outillant pour faire face aux réalités mouvantes en les rendant plus autonomes et capables d'agir socialement. L'éducation doit permettre de mettre à jour, d'approfondir et d'enrichir la formation de base, et de s'adapter à un monde changeant.
L'inforoute nous ouvre tout un univers de possibilités quant à l'information, l'acquisition continue de connaissances et la communication. Elle nous apporte des chances notamment de trouver des informations et des services utiles et pertinents permettant d'améliorer son potentiel, sa vie personnelle, professionnelle et communautaire. La formation à distance constitue l'une de ces avenues ouvertes par l'inforoute qui nous permettra d'échapper aux limites de la distance dans la mesure où elle favorise l'interaction avec d'autres étudiants dispersés sur tout le territoire québécois et de par le monde et la création de «campus virtuel».
Le système public d'éducation en collaboration avec Télé-Québec devrait développer d'urgence une offre de services éducatifs pouvant être accessibles sur Internet. Cette stratégie permettrait d'alimenter les autoroutes en contenus québécois pouvant correspondre aux besoins croissants de formation continue des personnes et des collectivités, et éviterait du même coup que ces services ne soient accessibles qu'aux personnes mieux nantis. Laisser le développement de ces services au secteur privé contribuerait à renforcer considérablement la tendance à la privatisation et à la commercialisation de la connaissance et du patrimoine culturel.
Comme on le voit, l'introduction des ordinateurs et des inforoutes en éducation dépasse la simple exposition et la familiarisation aux réalités des nouvelles technologies. La formation initiale et continue des enseignants ainsi que des formatrices et formateurs d'adultes va, elle aussi, au-delà du simple apprentissage de la micro-informatique, de la navigation, du courrier électronique, des listes et des groupes de discussion.
La révolution scientifique et technologique en cours, transforme en profondeur les modes de transmission et d'acquisition des connaissances, elles contribuent aussi à relever les exigences en ce qui a trait à la qualification et aux tâches plus intellectuelles de conception et de création. Il ne sera pas facile au Québec de relever un tel défi. Les réformes se font trop dans une perspective à court terme, sans vision d'ensemble et dans un contexte de pénurie de ressources.
Pour répondre aux nouvelles exigences de l'apprentissage à vie, il faudrait que
Notes
1. Commission internationale sur l'éducation pour le vingt et unième siècle, L'éducation un trésor est caché dedans, Rapport à l'Unesco sous la présidence de Jacques Delors, Éditions Unesco et Éditions Odile Jacob, Paris, p. 91.
2. Commission Delors, Ibid, p.91.
3. Joël De Rosnay, «Pour une pédagogie du futur», Propos recueillis par Anne Brigitte Kern, Transversales Science Culture, Numéro 33, Mai-Juin 1995, p.11.
Table des matières
2. Contrôle ou participation des citoyens | 4. Vers la mondialisation et la fragmentation culturelle