
Vous êtes ici : Accueil » Réflexion et enjeux » Internet citoyen et démocratie » L'Inforoute québécoise » 5. Le rôle de l'État
Les décisions politiques, les orientations et la stratégie de l'État concernant les autoroutes de l'information ne doivent, pas seulement reposer sur les impératifs économiques et industriels, mais être davantage portés par des choix qui impulsent un développement durable profitable à tous les citoyens. Adopter une telle approche permettrait d'intégrer les enjeux sociaux, démocratiques, éducatifs et culturels en évitant de les opposer aux intérêts économiques. Elle contribuerait à développer une vision différente, innovatrice et porteuse d'un projet plus global tout en contrant les dérapages auxquels une vision univoque et à courte vue risque de nous conduire.
L'État doit donc intervenir pour favoriser une véritable synergie entre les différents enjeux, il ne doit pas laisser aux seules forces du marché le soin de définir quelle sera la société de l'information. Ainsi, il importe que cet immense potentiel soit harnaché et maîtrisé pour être en mesure de combattre l'exclusion grandissante de portions de plus en plus importantes de la population québécoise.
Pour ce faire, il faut porter notre regard sur l'horizon, proposer des choix judicieux, faire preuve d'originalité afin que l'ensemble de la société québécoise puisse relever les défis posés par la société de l'information. Le Québec est condamné à innover s'il veut se tailler une place dans cette nouvelle économie. En effet, un trop grand mimétisme avec les politiques américaines marquées par le néo-libéralisme nous desservirait; elles ne reflètent d'ailleurs pas les valeurs et les préoccupations de la société québécoise. Tout en s'appuyant sur les secteurs représentant l'économie formelle, l'État doit aussi soutenir de façon ferme et sans équivoque les initiatives mises de l'avant par les organismes oeuvrant dans l'économie sociale. Ce serait là une première façon d'imprégner un développement différent et original qui stimulerait l'émergence de nouveaux usages, de nouveaux outils et de nouvelles façons de faire.
L'esprit d'innovation et le souffle créatif qui caractérise tous les acteurs de la société québécoise ont permis de réaliser des avancées notoires notamment dans les domaines de l'informatique et des nouvelles technologies. La situation particulière du Québec sur le continent américain et ses préoccupations linguistiques ont permis, entre autres, à des projets comme «Babel», de l'entreprise Alix, de voir le jour. De nombreuses jeunes entreprises laissent déjà leur marque sur ce terrain que l'on pense à SoftImage ou à Cerveau pour ne nommer que celles-là.
Il ne faut toutefois pas négliger l'appropriation des nouvelles technologies par l'ensemble de la population. Déjà en 1985, cette question suscitait un large consensus. Les réseaux de l'éducation formelle et non formelle ont à cet égard un rôle essentiel à jouer et l'État doit soutenir les initiatives autant dans le réseau scolaire que dans les organismes sociocommunautaires. De plus, les organismes oeuvrant dans l'économie sociale déploie déjà des trésors d'imagination et de débrouillardise, malgré le peu de ressources dont ils disposent, pour investir eux aussi le domaine des nouvelles technologies.
L'État se doit donc d'encourager et de soutenir des initiatives et des projets diversifiés qui permettent de créer des emplois, des projets ou des entreprises autant dans les secteurs de l'entreprenariat collectif que privé. La mise en place d'une politique équitable, transparente et assortie de mesures spécifiques facilitant l'émergence, la réussite et la pérennité de projets issus de l'économie sociale constituerait une avenue à privilégier.
L'État doit également intervenir pour assurer une véritable égalité des chances. Les dangers quant à la privatisation de l'information, de la connaissance et du patrimoine culturel menacent autant notre identité culturelle que la capacité des citoyens de prendre part à la vie de leur communauté, de s'éduquer, de s'informer, ou de participer aux affaires de la Cité.
L'implantation de services personnalisés accessibles à distance, et ce, autant en matière d'éducation, de santé, de service public ou d'information gouvernementale, représente une avenue prometteuse permettant d'échapper aux limites de la distance et de l'isolement géographique dans la mesure où elle s'inscrit, non dans un cadre de surveillance, de contrôle ou de lutte à la fraude qui rompt le contrat social existant entre l'État et le citoyen, mais bien dans la perspective de faciliter les rapports entre l'État et le citoyen.
L'État doit aussi dépasser la conception de l'utilisateur-modèle. Cette vision, trop étroite et trop axée sur une problématique «économiste», ne permet pas d'embrasser l'ensemble des possibilités offertes par les inforoutes. Les nouvelles technologies de l'information et des communications peuvent en effet améliorer la qualité des rapports entre le citoyen et l'État, ainsi que la participation à la vie démocratique dans la mesure où ils peuvent prendre part aux décisions, où les citoyens contrôlent les informations qui circulent sur eux, où la protection des renseignements personnels est assurée, et où une pluralité de points de vue s'exprime.
L'adoption et la mise en oeuvre d'une politique globale en matière d'inforoutes suppose de disposer d'un ensemble de leviers de pouvoirs que ne détient pas le gouvernement du Québec. À cet égard, nous avons la nette impression que le Québec est défavorisé dans la mise en oeuvre des politiques fédérales en matière d'inforoute. Mentionnons un seul exemple: le programme d'accès communautaire du gouvernement fédéral a ainsi permis d'ouvrir, en milieu rural, 61 centres en Ontario, 29 au Nouveau-Brunswick et, 33 au Québec.
Que l'État québécois élabore une politique globale en matière de développement de l'inforoute et qu'il la soumette à un large débat public.
Cette politique devra s'appuyer sur des valeurs démocratiques d'égalité des chances et avoir pour objectif le développement des personnes et des collectivités, aux plans tant social que culturel et économique.
Elle devra aussi affirmer le rôle prépondérant de l'État et du secteur public dans la mise en oeuvre et le déploiement de l'inforoute, tout en s'appuyant et en favorisant les initiatives du secteur privé, comme ceux des secteurs communautaire et de l'économie sociale.
L'État québécois devra se doter des leviers de pouvoirs nécessaires lui permettant de mettre en oeuvre cette politique.
Table des matières
4. Vers la mondialisation et la fragmentation culturelle