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L'Institut s'est penché sur la question des installations parce que nous pensons que les architectures et les caractéristiques techniques des différents réseaux conditionneront les usages possibles, l'origine des contenus et leur accessibilité, la capacité de communiquer des usagers ainsi que l'accès à la connaissance et au savoir. Les choix technologiques risquent fort de déterminer les rapports sociaux ou pédagogiques qui pourront ou ne pourront exister sur l'autoroute de l'information.
Les principes sous-jacents à la conception des réseaux de même que les politiques et réglementations gouvernementales adoptées à cet égard auront, en effet, un impact déterminant sur toutes les facettes de l'autoroute de l'information: l'accessibilité, la capacité de communication, le contrôle des contenus et des usages, les équipements, la conception des interfaces techniques ou visibles à l'usager, l'élaboration des standards et des normes techniques ou déontologiques et la transparence quant aux spécifications techniques.
L'explosion et la croissance exponentielle du réseau Internet et l'expérience du Minitel en France ont largement démontré que les personnes et les citoyens désirent que l'autoroute de l'information soit essentiellement un outil de communication.
Nous savons que la technologie de la câblodistribution offre actuellement une faible capacité de transmission d'information à partir du foyer ainsi qu'une faible capacité de commutation. Le résultat est donc un faible potentiel en matière de communication entre les utilisateurs. Malgré les prétentions des entreprises de câblodistribution, concernant la bidirectionnalité et l'interactivité de leur réseau, le fait demeure que les «entreprises de câblodistribution ne pensent pas que leurs liaisons vers l'extérieur à partir des résidences, tout au moins à court terme, achemineront davantage qu'un signal de bande étroite. (...) Les services interactifs se limiteront aux échanges entre les abonnés et un serveur central.»1 D'autre part, la capacité des réseaux téléphoniques de transmettre des applications à forte densité d'information dans les deux sens apparaît, elle aussi, comme étant fort limitée au départ. Ce contexte nous préoccupe quant au potentiel de communication entre les usagers pouvant exister sur l'autoroute de l'information.
Bien qu'il soit difficile d'imaginer, à l'heure actuelle, l'ensemble des nouveaux usages ou les nouveaux besoins des utilisateurs de l'autoroute de l'information, nous pouvons d'ores et déjà affirmer que les citoyens voudront communiquer entre eux à partir de leur foyer. Par conséquent, les infrastructures devraient être en mesure de supporter un important courant originant du domicile. De même, la bretelle d'accès au foyer devrait être constituée d'une large bande passante à deux sens permettant de transmettre la voix, le texte, les données et la vidéo (images et sons).
Dans le contexte de l'autoroute électronique, il devrait être tout aussi facile d'émettre que de recevoir de l'information pour les citoyens. Sur la base de la loi actuelle des télécommunications, il faudrait étendre l'obligation de services pour tous les citoyens à une obligation de bidirectionnalité et de commutation à haute capacité dans les deux sens pour tous les réseaux constituant les assises de l'autoroute canadienne tels la téléphonie et la câblodistribution.
C'est ce potentiel de communication qui distinguera une véritable autoroute de l'information Ä outil de communication, d'accès démocratique à la connaissance, au savoir, à l'éducation continue et à l'information Ä d'une autoroute de vidéos à la demande, de jeux ou de consommation à la carte. «Vidéoway et ses émules s'inscrivent dans des habitudes de consommation télévisuelle bien ancrées. Le type de dialogue qu'elles proposent est proche du zapping dirigé, et fort loin d'un nouveau mode de communication dans lequel, selon le souhait de M. Albert Gore, "nous nous transformerions de consommateur en producteur"»2
Une grande capacité de transmission (voix, données, texte, images et sons) à partir du domicile permettrait également à des petits fournisseurs de contenus avec ou sans but lucratif Ä organismes communautaires, organisations vouées à l'éducation et la formation, municipalités, associations de consommateurs, etc.Ä d'entrer sur l'autoroute et d'y offrir des contenus. Ils pourraient ainsi participer à la diversification des contenus et assurer le pluralisme des points de vue offerts aux citoyens.
L'accès universel à un coût abordable devrait être assuré à tous les citoyens. L'obligation de desservir ainsi que des mesures réglementaires et de tarifications devraient en conséquence encadrer les activités de tous les réseaux. L'universalité de distribution devrait être un principe directeur de la politique gouvernementale.
L'Institut craint qu'un contrôle trop marqué de l'autoroute électronique par un nombre restreint d'intervenants privés contribue à détourner le potentiel de ces nouvelles technologies et à orienter le processus de dualisation. En ce sens, l'autoroute ne devrait pas servir à amener au domicile exclusivement les produits et les biens de consommation culturels et matériels des conglomérats industriels, financiers et médiatiques.
Pour éviter de créer, en matière d'information, deux groupes citoyens, ceux ayant accès à la connaissance et ceux ayant accès aux seuls produits de consommation et de divertissement. Il faudrait envisager la mise en place d'un service de base accessible à tous les citoyens en matière d'autoroute électronique. Le choix de services pouvant y être distribués devrait faire l'objet d'une consultation publique.
Les citoyens devraient pouvoir voyager facilement sur l'autoroute de l'information. La transparence des différents réseaux, le passage d'un réseau à un autre, la communication avec les utilisateurs d'un autre réseau ainsi que l'échange d'information, de données (voix, texte, vidéo) ou de fichiers devraient être d'autres caractéristiques de base de l'autoroute canadienne de l'information. Les utilisateurs ne devraient pas être prisonniers d'un système fermé et par conséquent, des passerelles devraient être construites entre les divers tronçons constituant les assises de l'autoroute canadienne. L'accès de tous les usagers à tous les autres réseaux tels Internet, Canarie, FreeNet, réseaux communautaires locaux, régionaux ou provinciaux, réseaux de l'enseignement et de la recherche secondaire et post-secondaire, réseaux gouvernementaux, etc. devrait être garanti peu importe la bretelle d'accès choisi par l'utilisateur.
Les interfaces visibles à l'usager (menus et options) devraient être simples et standardisées. Il existe un très grand nombre de personnes soit analphabètes fonctionnelles, soit simplement technophobes ainsi que des personnes souffrant de problèmes de vision ou d'audition. La convivialité des interfaces-usagers devraient donc tenir compte des handicaps physiques ou sociaux.
Comme l'ensemble des utilisateurs devraient avoir accès à diverses bases de données publiques ou privées, des normes, des standards et des interfaces communes devraient être établis pour que les utilisateurs puissent se retrouver facilement dans la masse d'information contenue dans ces bases de données. Par ailleurs, les services ou les contenus offerts par les petits fournisseurs avec ou sans but lucratif devraient être identifiés dans les interfaces visibles aux usagers, et ce, parmi les options des menus de niveau supérieur. D'autre part, des activités de formation devraient être offertes gratuitement aux utilisateurs afin qu'ils apprennent à utiliser au maximum le potentiel des réseaux et de l'autoroute.
Notes
1. E. Angus, D. McKie, L'autoroute canadienne de l'information: services et accès à un coût abordable, Étude stratégique préparée pour la Direction générale des nouveaux médias et Direction générale de l'industrie des technologies de l'information, Industrie Canada, 1994, p. 50.
2. A. Torres, « Sur les "autoroutes de la communication ", la ruée des géants de la finance », dans Le Monde diplomatique, mars 1994, p. 19.
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