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Tout d'abord, une bonne nouvelle : il ressort des consultations que les groupes communautaires sont, en général, mieux outillés en TIC qu'il y a quelques années. Malgré les nombreux problèmes qui les accompagnent (notamment les problèmes de surcharge d'information occasionnés par le courriel, la complexité des flux d'information et les difficultés à trouver l'information sur Internet), les TIC y sont vues comme des outils précieux, de plus en plus utilisées et considérées comme incontournables. Les participantEs aux consultations disent sans équivoque qu'il n'est plus pensable de travailler sans les TIC, d'une part à cause des services qu'elles rendent aux groupes, et d'autre part à cause du mouvement global vers les sociétés de l'information qui fait que si on ne les utilise pas, « on n'est plus dans le coup » et donc, « qu'il est important de suivre ».
Les outils les plus utilisés sont les applications de bureautique, le courriel et l'Internet. Les communications engendrées par l'utilisation par l'interlocuteur de ces outils s'adressent dans l'ordre aux groupes communautaires, au gouvernement, aux acteurs commerciaux et aux acteurs médiatiques. Les TIC sont d'abord utilisées pour soutenir le fonctionnement des groupes : communication entre les intervenantEs, coordination de projet ou avec le conseil d'administration, comptabilité, production et échange de documents dans les démarches de recherche de financement, communication par courriel avec d'autres groupes. Dans ce contexte, les TIC sont vues comme un moyen de gagner du temps dans les communications et dans la recherche d'information.
Les personnes qui fréquentent certains groupes sont appelées à utiliser les TIC, que ce soit parce que le groupe est l'hôte d'un point d'accès à Internet, qu'il donne de la formation à l'usage des TIC ou qu'il utilise les TIC dans les activités qu'il anime (notamment en alphabétisation ou en recherche d'emploi). Certains groupes ont aussi évoqué un effet « indirect » ou « involontaire » d'initiation de leurs membres aux TIC. De fait, quand ceux-ci fréquentent les locaux des groupes, ils côtoient des intervenantEs qui utilisent des ordinateurs ce qui a pour effet qu'ils apprivoisent cette réalité dans un cadre familier et se trouvent motivés à s'y initier ou à les utiliser.
Dans chacune des consultations, la popularité, l'utilité et le succès des points d'accès communautaire animés ont été souligné par les personnes qui les fréquentaient ainsi que par les animateurs. La fin du programme Inforoute Points d'Accès1 a été déplorée par les utilisateurs et les animateurs. Ces mêmes personnes ont également soulevé le fait que les problèmes d'acquisition, d'obsolescence ou de manque d'équipement ainsi que d'accès de base demeurent, que ce soit pour certains groupes ou pour les citoyenNEs. Conséquemment, le fossé numérique s'accentue pour une portion importante de la population. En effet, dans la mesure où l'usage des TIC est de plus en plus répandu, ne pas y avoir accès constitue un handicap encore plus grand qu'auparavant, même si on se reporte seulement quatre ans en arrière.
Parmi les difficultés que les groupes éprouvent à se servir des TIC, qu'il s'agisse d'applications de base ou de services en ligne plus élaborés, les participantEs ont souligné que les gens du communautaire ne sont, généralement, pas des consommateurs avertis en termes de TIC. D'ailleurs, les acteurs commerciaux sont les interlocuteurs en ligne les moins courants pour les groupes communautaires. Les groupes souhaiteraient acquérir, à cet égard, une meilleure connaissance :
Comme tous les groupes n'ont pas les moyens d'acquérir de telles connaissances, ils souhaiteraient qu'il y ait un « centre de ressources communautaires » de services ou de conseil dans ces domaines.
Plusieurs intervenantEs ont évoqué que le fait d'avoir un site web, pour un organisme, c'est comme d'être inscrit dans « Les Pages Jaunes ». Les sites web sont peu utilisés par les membres même du groupe, mais servent à la visibilité de l'organisme dans le milieu communautaire et auprès des bailleurs de fonds. En fait, on est généralement mal renseigné sur qui les consultent et on connaît mal le volume de consultation ou les outils qui permettent de le savoir. Par exemple, tous ne connaissaient pas les rapports de statistiques des sites, et ceux qui les connaissent en évoquent davantage les faiblesses que les forces. On souligne cependant que si on n'a pas de site web, on n'est pas « à la page ». Évidemment, le site, pour être utile, doit être bien fait. Ont été soulevées sur ce point, des questions de qualité de contenu, de mise à jour, de qualité de présentation, de lourdeur de téléchargement, de l'instabilité des ressources de maintien des sites.
Outre cet usage avéré d'un site web par un organisme communautaire, les participantEs ont parlé d'autres utilisations possibles ou souhaitables, mais qui sont souvent hors de la portée de l'organisme, que ce soit par manque de connaissances, de formation, de moyens ou parce que cela va au-delà de la mission de l'organisme. Parmi ces usages souhaitables d'un site web communautaire, on compte :
Plus ça change, plus c'est pareil ! Il ressort des consultations que certaines populations sont davantage à risque de fracture numérique. Il s'agit des personnes âgées, des personnes vivant avec un faible revenu, des personnes sans emploi, des personnes les moins scolarisées, et des personnes vivant avec une ou des limitations fonctionnelles.
Pour les personnes sans emploi, l'accès au TIC se pose comme un cercle vicieux. En effet, pour plusieurs, c'est au travail qu'on a accès aux TIC. Sans travail, on n'a plus accès aux TIC, et du coup, pas accès à un des moyens privilégiés pour chercher de l'emploi. Parallèlement, sans une utilisation régulière des TIC, la personne sans emploi ne peut développer ou conserver des habiletés reliées à l'utilisation des TIC qui amélioreraient son employabilité.
Les personnes avec des limitations fonctionnelles font encore face à de grands obstacles pour l'accès aux TIC. Par exemple, l'équipement demeure trop cher pour ces personnes qui se trouvent souvent dans un état de pauvreté, lui-même souvent dû à des carences en termes de scolarité et donc d'employabilité. En fait, plusieurs sont aux prises avec des problèmes d'alphabétisation qui viennent d'autant plus compliquer leur situation face aux TIC. De plus, les problèmes de mobilité rencontrés par certaines personnes avec limitations fonctionnelles, pour lesquelles les TIC devraient pouvoir offrir des solutions, contribuent plutôt à faire que les TIC leurs sont peu accessibles notamment quand il s'agirait de se rendre à un point d'accès (qui n'est pas nécessairement physiquement accessible) et où l'équipement (matériel et logiciel) et la formation ne sont pas nécessairement adaptés aux besoins spécifiques de ces personnes.
Une situation particulière a été évoquée dans les petites communautés de la région de l'Abitibi. Il s'agit de l'inquiétude des personnes âgées concernant la survie de leur communauté, plus particulièrement de leur paroisse, et du manque de relève pourtant essentielle à cette survie. Cette situation est due au fait que, de plus en plus, les jeunes délaissent la paroisse, s'en désintéressent ou quittent carrément leur lieu d'origine. Dans les petites paroisses ou les petits villages, où on a développé des modes de fonctionnement en autosuffisance, les TIC ne répondent pas à des besoins locaux : on se rencontre, on utilise le téléphone. Mais, devant l'incertitude concernant la survie des petites communautés, il a été évoqué que la mise en réseau, via les TIC, de plusieurs petites communautés faisant face à la même problématique, pourrait offrir de nouvelles avenues de revitalisation des communautés et d'implication des jeunes.
Enfin, nous avons entendu de plusieurs sources que, si plusieurs personnes encouragent les personnes âgées de leur famille à apprendre à utiliser les TIC, il arrive parfois, qu'au contraire, on dise aux personnes âgées de « ne pas y toucher parce qu'elles sont trop vieilles… puis qu'est-ce que tu vas faire avec ça ? ». En contre-exemple, les participantEs ont évoqué le cas de plusieurs personnes âgées qui utilisent le courriel pour garder le contact avec des membres de la famille vivant loin, usage qui est aussi très populaires pour les populations immigrantes, qui peuvent ainsi garder contact avec leur famille à l'étranger.
Table des matières
Participation | Besoins et souhaits des groupes